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Full text of "La civilité puérile"

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Civilité puérile 

ÉRASME DE ROTTERDAM 
Traduction nouvelle, texte Latin en regard 

Précédée d'ane Nadce 

PAR ALCIDE BONNEAU 



PARIS 
Isidore LISEUX, Éditeur 

Kue BoDaparte, n* i 
1877 



"■oiCoo^lc 



Coofjlc 



DES LIVRES DE CIVILITÉ 

DEPUIS LE XVI" SIÈCLE 



^A Civilité puérile ÉvoqaedeloiMaiaa 
reniri d'école. I! y a peu d'bom- 
, de trente à quarante ans qui 
n'aient eu pour premier livre, comme sylla- 
baire et comme rudiment, celte petite pla- 
quette cartonnée, de quinze ou vingt pages, 
commençant parun alphabet, continuant par 
un tableau des voyelles et des consonnes 
(on Usait cousonnantes dans les exem- 
plaires un peu anciens) et terminée par des 
préceptes de savoir-vivre. Dès qu'on pouvait 
épeler, on y apprenait à ne pas se moucber 
sur sa manche. Le tout était imprimé en gros 
caractères, qui passaient insensiblement de 
la lettre capitale au Romain et dont VoHl 
diminuait en proportion des progrès présu- 
més de l'élève. Les générations précédente* 



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VI DBS LIVRES DB CIVILITË 

avaient eu entre les mains à peu pris le même 
livre, imprimé en caractères bizarres, qui 
étaient censés représenter l'écriture cursive : 
peut-ftre était-ce l'écriture du temps d'Alain 
Chartier ou de Jeanne d'Arc; il faut aujour- 
d'hui, pour la déchiffrer, de forts paléo- 
graphes, et elle devait constituer pour les 
enfants un supplice des plus raffinés. 

1 Je crois qu'il fout attribuer l'usage per- 
I sistani de et caractère, > dit M. Jérôme 
Pichon (Du caractère dit de Civilité, dans les 
Mélanges de littérature et d'histoire de la 
Société des Bibliophiles François, i85o), i à 
i l'utilité qu'il présente pour familiariser les 
D jeunes enfants avec les anciennes écritures 
3 et les mettre ensuite à même de lire dans 
1 ce que les maîtres d'école appellent les 
I contrats. > C'est possible; mais lamauvaise 
impression d'un livre laisse toujours dans 
l'esprit un préjugé fâcheui quiabeaucoupde 
pùne à se dissiper, et cela dut aider consi- 
dérablement au discrédit dans lequel finit 
par tomber la Civilité puérile. Il a fallu long- 
temps, pris de deux siècles. Telle était l'auto- 
rité de ces petits manuels, qu'ils se perpé- 
tuaient d'ftge en âge, sous leur atroce forme 
Gothique, sans qu'on osât y rien changer. 
On disait d'un homme qui commettait quel- 



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DEPUIS LE XVI' SIECLE Vil 

que ' balourdise : H fia pas lu la Civilité 
puérile! La seule innovalion que l'on tenta, 
vers 1820, et encore pas dans toutes le» villes, 
ce fut de substituer aux caractères ife Civilité, 
reconnus enfin illisibles, des caractères onU- 
naires; le fond resta le mSme. Enfin on 
s'aperçut que les préceptes de savoir-vivre 
qu'ils contenaient étaient ou surannés ou 
absurdes, et on les proscrivit de - l'ensei- 
gnement scolaire. A peine aujourd'hui trou- 
verait-on une Civilité puérile dans quelque 
école de village, tenue par les Frères des 
Écoles chrétiennes, qui la conservent encore 
par une sorte de fétichisme pour leur fon- 
dateur, J.-B. de . La Salle, l'auteur le plus 
répandu des manuels de ce genre. 

Le véritable auteur de la Civilité puérile, 
c'est Érasme, Cet esprit si caustique et si fin 
a Été la mère Gigogne de ces ineptes petits 
livres qui, durant deux siècles, ont pullulé 
dans les écoles. Ils procèdent tous de lui, 
malgré leurs innombrables variétés, mais 
comme eàfana venait A'equus dans l'épi- 
gramme du chevalier de Cailly, après avoir 
subi tant de métamorphoses en route, qu'il 
n'en restait pas une seule lettre. Une chose 
assez surprenante, c'est que personne, à notre 
loinSj ne se soitpréoccupé 



■--.Cooglc 



Vltl SES LIVRES DR CIVILITÉ 

de cette filiation, qui est cependant facile à 
établir. Cela tient à ceque J.-B. de La Salle, 
qui emprunta beaucoup à Erasme, sans doute 
par l'intermédiaire d'un autre prêtre, Mathu- 
rin Cordier, et de vieilles traductions ou 
imitations Fran{aises, n'indiqua jamais le 
nom de l'auteur primitif, quoiqu'il ne Ti- 
gnorAt pas; d'autre part, la CivHitas morum 
puerilium ne tient pas la première place dans 
l'œuvre du grand écrivain, et elle a toujours 
été un peu négligée, Ceuz-mémes qui se sont 
le plus scrupuleusement occupés de la vie et 
des travaux d'Érasme, comme Désiré Nisard 
Aain toi Études sur la Renaissance, l'ont tout 
à fait passée sous silencej d'autres se sont 
hornéfl lia citer,san5 songera la rapprocher 
des livres similaires infiniment plus connus 
et à déterminer les emprunts qui pouvaient 
lui avoir été faits. C'est un manque de cu- 
riosité dont il y a lieu d'être surpris ; essayons 
d'y suppléer de notre mieux- 
Érasme composa ce traité vers la fin de sa 
carrière, en i53o, pourun jeune enfoot qu'il 
aSêctioonait (i). Son ton est paternel, avec 

(l) Henri de Baurgoanc, Gis d'Adolphe, prince de 
Veere, et petit-Ëln d'Anne de Borsielen, marquise 
de Nassau. Cette dame avait Ht l'iUFtctacuse pro- 
tectrice d'Erasme, dans sa jeanes>e:cU* luisiaii 



DBPUtS LE XVI* StfeCLE IX 

unepointe de bonne hitmeur et d'enjouement 
que ses plagiaires ont lourdement émoustée. 
Ce qui dut sfduire le clergé, qui de bonne 
heure adopta son livre, sans en nommer ni 
en remercier l'auteur, c'est qu'il s'y montre 
dévot, un peu bigot m£me ; aux génuflexions 
qu'il exige quand piisse un Religieux, on a 
peine à reconnaître le satirique tiardi du 
Repoi maigre et de tant de lionnes plaisan- 
teries sur les Franciscains. Mais ses deux 
principaux imitateurs, Mathurin Cordier et 
J.-B. de La Salle, ont tellement abusé de ces 
menus suflrages de dévotion, que, par com- 
mit une pensioQ de cent SorEni pour qa'il pHt étu- 
dier la tlifologie t Parla et elle lui continua long- 
temps ses libéralités. Erisms écrivit pour iiaa fiji, 
JUoiphE, priocede Veere, le traité intitulé : Oratio 
de ririate ampleclenda, une de ses premières 
nuvres ; il dédia plus tard i l'un de ses pctilt-fils, 
Maiimiliea de Bourgogne, le dialoguE : Dt recta 
Latini Gracique umuMit proKuntlatient, suqnel 
il &it sUuaioo dans sa préface, et i l'autre le De 
Civilltate morwm puerilium. Parmi ses lettres, on 
eu rencontre nn grand nombre adressées i Anne 
de BorsseleD. — Veere, dans l'Ile de WalchercD, 
était an ivi> siècle un des ports fortiSéi les plus 
importants de U Zélande. Cette vilie fut apponic 
en dot, avec la principanté qui en dépendait, par 
Anne de Boraselea à son mari, Philippe de Bour- 
gogne, Bl« de l'un des nombteai bâtards du duc 
Philippe l« Boa. 



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I hes livbes db cmLrrf 

paraiion, Érasme en semble sobre. Telle 
qu'elle est, sauf quelques prescriptions que 
les changements d'usages ont &it tomber en 
Ais\iéUide,et.CivilitÉpuérile pourrait encore 
servir aujourd'hui ; c'est l'œuvre d'un esprit 
délicat, et son seul tort est d'avoir été !e point 
de départ des autres. 

En revanche, Érasme avait-il eu de* mo- 
dèles! C'est plus que douteux; il paraît être 
le premier qui ait eu l'idée de recueillir avec 
ordre et méthode les préceptes de bienséance 
qui lui semblaient les plus convenables, et 
d'en faire un tout. 

Évidemment, il n'inventait pas le savoir- 
^vre et bien avant lui on en avait posé les 
r^Ies générales. Cette sorte de littérature 
pédagogique était cultivée depuis l'antiquité 
Grecque. Sans parler des préceptes de tem- 
pérance, de sobriété, de sociabilité que l'on 
peut trouver dans les poëtes gnomiques, dans 
les Vers dorés de Solon et de Pythagore, 
dans Théognis, dans Phocylide, un ou deux 
chapitres duDe officiii, de Cicéron, et le traité 
de l'fifucution de la jeunesse, de Plutarque, 
lui fournissaient une suite de maximes iden- 
tiques à quelques-unes des siennes et que 
ses anciens éditeurs du xvi' et du xvii' 
' siicle en ont rapprochées j il en a puisé 



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DEPUIS LE XVC SliCLE XI 

<l'autres,touchant rh7giÈne,dinslu fameux 
distiques de VÉcole de Saleme, si répandu* 
au Moyen Age et à r£poque de la Renaissance, 
dont tant d'aphorismes sont paasis en pro- 
verbes ; un manuel du m£me genre, Disticha 
de moribus, adJlHum, composé à une ipoque 
incertaine, probablement sous tes Antonins, 
par un stoïcien, Dyonisius Caton, mais qu'on 
ne manquait pas d'attribuer anciennement 
au vieux Caton le Censeur, était également 
entre les loaina de tous les écoliers. Manu- 
scrit aux xiii*etxiy° siècles, imprimé un grand 
□ombre de fois à la fin du xv* et au zti> 
(Érasme lui-m£me en t &it deux éditions, - 
Strasbourg, i5ig, et Bile, i520,in-4°), aug- 
menté d'abondants commentaires par Phi- 
lippe de Bergame, traduit en vers Grecs par 
PUnude,]eCdtonparalt avoir joué longtemps 
le rdie que jouèrent plus tard la Civilité 
d'Érasme et ses innombrables contrefaçons. 
Fran^oisHabert le mit en vers Français :i>j 
Quafre livres de Caton, pour la doctrine de 
la jeunette, par F, H. A Paris, de Vimpri- 
merie de Philippe Danfrie et Richard Breton, 
rue Saint-Jacques, à PEscrevisse, i55g; et 
ces Distiques moraux, à cause de la similitude 
du sujet, ont été souvent imprimés i la suite 
de la Civile honexteti de Matburln Cordier 



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BES LITRES BK CIYIUT£ 
i lointaine de l'auvre d'Érasme. 
Enfin, divers autres ouvrages, qui n'ont pas 
le mime caractère de livres d'Écoliers, trai- 
taient aussi de la décence des manières et du 
bon ton ; tels sont, en Espagnol, El libro del 
infante, recueil de préceptes religieux et 
moraux composé au iiv* siècle par le prince 
don Juan Manuel; en Latin, le traité i^ etfu- 
catione Hberorum et eorum claris moribus 
libri sex, de Malfeo Vegio (Milan, 1491, et 
Paris, i5ii, in-4°) réuni dans une troisième 
édition (Bile, 1541, iii-S°) à d'autres opus- 
cules sur le mime sujet, qu'Érasme devait 
connaître) enfin en Français, le Doctrinal du 
temps présent, du vieux poète Pierre Mi- 
cl»ault(Bruges, 1466, in-fol.)i plus connusous 
le titre de Doctrinal de court (i), curieux 



ia-4<>GoIb. iT«cfi£.)-I'-Mic:haultfciat dccompOMr 
un manuel du bon tan ; il recaminaade, par «lemple, 
aai file ds banne maiioD, la varianct det liabils et 
le* invite à en cKanger le plni uuveat possible. Il 
veut qu'ils lient chique jour un vîtement de cou- 
leur diffireote. Aujourd'hui une robe longae, dcmala 
noe rob^ courte, tautAt des souliera carrés, tantSi 
dei aoDileri pointus. )l veut également qu'on ne 
porte Kl hablti qu'une sealc fois, qu'on les rcfoiTC 
le malin du tailleor el qu'os en bste cadeau le 
soir. L'auteur de l'art. Costume dans le Diction- 



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DÉPUIS LE XVI* SIÈCLE ZIII 

ouiragedans lequel Fauteur, sous une forme 
satirique, reprend la plupart des usages de 

Érasme n'en est pas moins le premier 
qui ait traité la matière d'une fa(on spé- 
ciale et complète ; aucun des auteurs 
que nous venons de citer n'avait en- 
visage la civilité ou, si l'on veut, la bien- 
séance, comme pouvant faire robjet d'une 
étude distincte ; ils en avaient formulé çà et 
là quelques préceptes qui se rattachaient 
naturellement à l'éducation, à la morale, à 
la mode ou à l'hygiÈne. Aussi Érasme croit- 
il devoir s'excuser, s'il traite à fond cette 
partie infime et négligée de la philosophie, 
en disant que les bonnes mœurs se reflètent 
dans la politesse des manières, que la rec- . 
titude appliquée aux gestes, aux actes 
usuels, aux fii;ons d'être avec ses égaux ou 
ses supérieurs, manifeste aussi l'équilibre 
des (acuités, la netteté du jugement et que, 

naire Larouste, arlide bien fait tin rctie, a pria cnli 
an pied de la lettre et s'est eitaaié aur les exi- 
gences du bon tan auiTi'aiède. Micluult se moquait 
doa flégaata de «on époque et aei comeila lont tout 
ironiquea; il voulait ea venir par la plaisanterie au 
même but qu'Erasme dans son chapitre Du Vétt- 



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XIV DKS LIVRES DK CIVILITÉ 

par consiquent, il n'est pa* indiffae d'un 
philosophe de s'occuper de ce* ditails en 
apparence indifiîfrents. Il ne s'appuie sur 
aucune autorité antérieure et ne prend 
guire conseil que de son propre goût et du 
bon sens. On pourrait m£me alkr plus loin 
et dire que, non content de ne presque rien 
devoir à ses devanciers, il a moins mis en 
maxime les rtgles du savoir-vivre de son 
temps que spirituellement criliquË ses con- 
temporains, en prescrivant tout le contraire 
de ce qu'il voyait faire autour de lui. Il suf- 
firait, pour s'en convaincre, de comparer 
l'un de ces colloques, celui qui est intitulé 
DiversoHa (Auberges), avec les règles qu'il 
donne dans sa Civilité. On y voit que sa dé- 
licatesse était fort en avance sur les mœurs 
de son époque, grftce à une sensibilité toute 
particuliËre qu'on devait alors trouver ex- 
cessive. Lui qui était souffreteux de sa na- 
ture, qui ne pouvait supporter une maji- 
vaise odeur, ta saleté d'un voisin mal vêtu, 
une baleine un peu forte, que la vue d'un 
crachat étalé par terre indisposait sérieuse- 
ment, il consigne avec désespoir, dans ses 
notes de voyage, tous les déboires qu'il 
éprouve dès qu'il est obligé de vivre en de- 
hors de chez lui. On lut parle dans la figure ' 



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des mœurs cie table d'iiste, comme on di- 
rait maintenant; raison de plus pour y 
chercher le niveau moyen de la politesse à 
son époque, et ce nireau ne paraît pas 
élevé. La Civilité puérile, quoique écrite 
beaucoup plus tard que ce dialogue, semble 
une critique calculée de ces grossiers usages 
dont Érasme avait eu à se plaindre toute 
sa vie; il y formule ses desiderata (i), bien 



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XVI DES LIVRES DB aviLlTÉ 

modestes apria tout, et nombre de gens 
peasaient probablement comme lui. Bans en 
rien dire, car à peine son petit livre eut-il 
paru qu'il se répandit rapidement dans toute 
l'Europe et jouii d'une vogue prodigieuse. 

Deux ans ne s'étaient pas écoulés depuis 
l'apparitionde l'ouvrage à Bftle en 1 53o, qu'il 
était déjà réimprimé à Londres avec une 
traduction Anglaise en regard (W. de 
Worde, i53î, in~i6); la traduction est de 
Robert Whytington, Mais c'est en France 
que la Civilitas morunt puerilium fut surtout 
goûtée ; elle y devint rapidement, dans son , 
texte Latin, un livre familier aux élèves det 
collèges et, dans ses traductions ou inûta- 
tJons Francises, un manuel d'écolier des- 
tiné aux tout petits enfants, A partir de 
i537, les traductions se succédèrent pour 
ainsi dire sans interruption. La première 
est celle de Saliat : Déclamation contenant 
la manière de bien instruite les enfans dès 
leur commencement, avec un petit Traité de 
la civilité puérile et honneste, le tout trans- 
laté nouvellement de Latin enFrançqys,par 

Pittoî puerilis, renferme qualquEs-nnes des mui- 
mes qu'il ■ eiposéee plus complitemnit diiu li 
Ciyililé puérile ;i\jTtvimteiKi>niiuutMimita 

pixdagogica. 



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rite, d'Érasme; mais les deux ouvrages 
pouvaient être traduits d'Érasme, puisque 
celui-ci, peu de temps avant la Civilité, 
avait composé un traité Depueris ad virtu- 
lem et litteras Uberaliter instituendis (liig), 
qui devait être plus répandu que l'ouvrage 
de Sadolet, car il est sauvent cité dans les 
manuels pédagogiques du temps. Vint en- 
suite : La Civilité puérile, distribuée par 
petitj chapitres et sommaires, à laquelle 
avons adjousté la Discipline et Institution 
des enfant, traduit:; par Jehan Louveau. En 
Anvers, chej Jehan Béliers, à renseigne du 
Faucon, l'an /559,* Ce volume, dit Brunet, 
est imprimé en caractères cursifs imitant 
parfaitement l'Écriture Franfaise en usage 
au milieu du xvt* siècle. C'est, à ce qu'il 
parait, la rïiinpression de Is Civilité pué- 
rile, traduite d'Érasme (Lyon, Jean de 
Tournes, iSôg, io-i6), que cite Du Ver- 



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XVIII DES LIVRES DE C[VILIT£ 

dier à l'art. Jehan Louveau. ■ Il eiiste tris- 
peu d'exemplaires de ce petit livre; celui 
que d&rrivait Brunet, et c'était le seul qu'il 
eût iamais vu, appartenait à M. L. de La- 
borde. Nou» n'avons pu rencontrer ni la 
Civilité de Saliat, ni celle de Jehan Lou- 
veau ; mais ce dernier était un traducteur 
assez exact, comnie on peut en juger par 
ses Facétieuses Nuits du seigneur Strap- 
parole; nous conjecturons qu'un certain 
nombre de CioiUtés parues postérieurement,' 
anonymes ou sous différents noms, et qui 
se rapprochent le plus du texte d'Érasme, 
ont pu être imitées de la sienne. La m6me 
année, en iSSg, deux célibres imprimeurs 
Parisiens associés, Danffie et Breton, édi- 
tèrent une Civile honesteté pour Us en/ans, 
avec la manière d'apprendre à bien lire, 
prononcer et escrire qu'avons mise au com- 
mencement (A Paris, de l'imprimerie de 
Philippe Daiffrie et Richard Breton, rue 
Saint-Jacques, à l'Escrevisse, i55g}', qui 
n'ut autre que la Civilité puérile et koneste 
de Mathurin Cordier, si souvent réimpri- 
mée et dont une édition parut sous ce titre : 
Miroir de la Jeunesse pour la former à 
bonnes mœurt et civilité de vie. (Poitiers, 
i559, in-i6.) 



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DEPUIS LE SVI" SIÈCLE ïlï 

Mathurin Cordier s'est évidemment in* 
spir£ d'Érasme; cela se voit, rien que dans 
la division de l'ouvrage et dans les titres 
des sept chapitres qui !c composent : De 
la face; Ducorps et de sa contenance; Des 
habits ou accoutremens ; De la table; Des 
rencontres, recueils et contenances en par- 
lant ; Du jeu ; De la chambre. L'ordonnance 
est la m£me, les préceptes sont identiques, 
et cependant cTest plutôt un. travestisse ment 
qu'une traduction d'Erasme. A peine y Te- 
trouve-t-on de temps en temps une phrase 
qui ait conservé l'empreinte du texte Latin, 
de ce Etjk savoureux et pittoresque à l'aide 
duquel Érasme donne de l'intérêt à des dé- 
tails infimes. En voici deux chapitres qui 
permettront de comparer; on verra que 
Cordier mêle au hasard toutes sortes de 
préceptes qui, dans Érasme, ont un ordre 
logique, et que souvent, à des conseils très- 
judiiheux, il substitue de véritables pau- 



DU CORPS ET DB SA CONTENANCE 

L'enfant ne doyt point baisser la teste 

entre les deux espaulet, car ifest signe 

de paresse : ne se renverser aussi, car 

c'est signe d'arrogance, mais se doyt tenir 



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XX &ES LIVRES DE aviUTÉ 

droict et sans effort, car cela ha bOHne' 
grâce. Et ne faut point aussi que sa teste 
pancke d'un costé ne d'autre, dessus son 
corps, à la mode des hypocrites, si ce n'est 
que le propos ou chose semblable requiert 
telles contenauces et gestes. Il faut que l'en- 
fant tienne ses espaules avec un juste cou- ■ 
trepoix, sans en hausser l'une et baisser 
l'autre sans aucune modestie ny hones- 
teté. 

Il n'est guère bien séant à unjeusne eit- 
fant de tenir les bras au sein ny en croix 
l'un sur l'autre, car c'est signe de parefte, 
ne de les tenir derrière le dos, car cela 
donne à penser qu'il soyt ou larron, ou |M- 
resseux, ou tenant quelque chofe en la main • 
qu'il ne veut point qu'on voye. 

Aucuns trouvent beau de tenir une main 
au costé et présenter le coude à cotté, à la 
mode des souldats, mais cela n'est point tien 
séant à un enfant. 

Il est fort honeste à un petit enfant de ne 
manier point ses parties honteuses, mesme 
quand la nécessité le requerra et qt^il sera 
seul, qu'avec honte et vergogne : car cela 
dénote grande pudicité et honesteté. Et quand 
il luy faut qu'il rende son urine, il se doyt 
séparer et tirer à part que nul ne le voye. 



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en croix, ne qifestant debout il tienne tes 
jambes serrées et les bras croysés, car c'est 
te propre de ceux qui sont pensi/i. 

Il ne faut point que l'en/ant transie les 
jambes estant assis, comme les fols, ne qi^il 
fasse un tas de frétillemens de mtdns qui 
démontrent que l'entendement est peu sain et 
entier. 

Il y a plusieurs façons défaire la révé- 
rence, selon les pays où l'on se trouve et les 
coutumes d'iceux; mais les Françoys ployent 
seulement le genouil droyt, se tenant autre- 
ment plus tost droycts que enclines, avec un 
doux contoumement et mouvement du corps : 
et ostant le bonet de la main droyte, le te- 
nant ouvert par le devant, l'abaissent au 
mesme costé droyt. 



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XXII DBS LIVRKS Dï Crm.1T* 

Aprèt, yu faut faire pltuiatri révérences, 
tenant toujours bas le bonet, dressant la 
jambe droite pour la révérence de la gauche 
en la mesme sorte qu'il j ont fait de la droite, 
et diMi de l'une et puis de Vautre, autaat 
qi^il en sera de besoin et selon que le per- 
sonnage à qui on s'adressera et ie propos 
ou recueil le requerront. 

Il fait que l'alleure de l'enfant soit asseu- 
rie, droitte et par pas de médiocre gran- 
deur, et non point comme rompue et feinte, 
car c'est le propre des gens efféminés et de 
nul courage; ne trop hastée, comme celle 
des gens furieux ou impatients ; ne versante 
ùu chaneellante d'un costé et d'autre, car 
cela donne à penser qu'on soit verolli ou in- 
fecté de quelque telle maladie; ne par des 
grandspas, qui signifient prodigalité et ar- 
rogance; ne par trop petits, qui signifient 
ofarice et ckicheté, mais médiocres et de 
mesme poursuivie toujours d'un mesme 



DE LA CHAMBRE 

L'enfant se doit porter si modestement et 
paisiblement en la chambre que nul tCait ocea- 



I 



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DEPUIS LE XTl* SliCLE XXIII 

tion de se plaindre de luy : sachant que c'eit 
, te liai pour estudier, pour poursuivre sa va- 
cation et pour profiter en icelle. Ce qt^H ne 
p<mrroit faire, s'il y faiaoit des bruit j et des 
insolences. Parquoy il faut qu'il use de tout si ■ 
lence, simplisse et honesteté. S'il Rhabille le 
matin en se levant ou en se couchant le soir se 
deshabille, il se doit garder de montrer ses 
parties honteuses, et, en dormant la nuit 
(fil couche avec quelque compagnon), il se 
doit garder de le molester et de le descou- 
yrir en se tournant. Il ne se doit point cou- 
cher à tenvers, ne au contraire la face 
contre le lict, mais de costi pour ce que cela 
est plus sain (ij. 

Le matin, après avoir esté à ses affaires, 
il se doit peigner et puis laver les mains, 
les yeux et la bouche avec d'eau nette et 
*resche. Après cela, premier que d'estudier 
OH faire quelque autre chose, il ne sera 
point si ingrat qu'il ne recognoysse la 
grâce que Dieu lui afaict de passer la nuit 
en repos et sans danger, et pourtant luy en 
doit rendre grâce et le prier qWil luy 



(i) Ce dernier pr&epte, qui n« se trouve pu diai 
la CiriUtas mprum puerilium, est emprunt* k OU 
antre Inilt d'Ériuoe, l&a Monila padagogiea. 



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ruv i»s LcruES di civtLiTi 

plaiu luy faire ce bien que tout ce qifil 
fera, dira ou pemera soit dirigé à son hon- 
neur et gîoyre et à ndijieatioti des pro- 
chains. En ce faisant, n'y a point de double 
que Dieu ne le bénie. Semblablement, le soir, 
il doit prier Dieu qu'il Itiy veuille pardon- 
ner les offenses qu'il a commises tout le long 
du jour à f encontre de sa très-sainte ma- 
jesté et -que lui donnant repos il le main- 
tienne en sa protection et sauvegarde. Voylà 
que doit estre sur toutes choses pour re- 
commandé à tenfant. — Adieu, amy lecteur, 
jusqu'à ce que Dieu m'ayt donné le loysiret 
commodité de faire plus et mieux. 

Avec les Civilités de Jehan Louveau et de 
Mathurin Cordier, apparaît le caractère 
typographique particulier auquel ces sortes 
de livres ont laissé leur nom (i)' C'est pure 
coïncidence et ce ne fut pas pour ellesquece 
caractère fut imaginé. Nous eitrairons à ce 
sujet quelques intéressants détails de la no- 
tice de M. Jérâme Pichon (Du caractère dit 
de Civilité) dont nous avons eu déjà occasion 
de parler. Jean de Tournes et Robert Gran- 

(i) Voir, pigM un et lvi, du «pédmea d» 



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DBPUI5 LK XV[> SitCLK XXV 

jon, célèbres imprimeurs et fondeurs Lyon- 
nais, avaient eu l'idée de rivaliser avec les 
Italiens, créateurs de la lettre dite Italique 
imitant l'écriture cursive, en leur oppo- 
sant ce qu'ils appelaient une lettre Fran- 
çoise de main. Robert Granjon repit à cet 
effet un privilège royal, signé de Henri tl 
et daté du 26 décembre i557, à Saint-Ger- 
main-en-Lnye . 11 sollicitait d'imprimer 
avec les caractères de son invention les 
Récréations de Bonavenlure Des Periera; 
mais antérieurement il s'était essayé en im- 
primant BU cours de cette même année les 
Dialoguesde la vie et de la mort, d'Innocent 
Ringtiier. Dans la dédicace de ce livre à Claude 
d'Urfé, gouverneur du Daupkin et oncle de 
l'auteur de VAstrie, Robert Granjon s'ex- 
prime ainsi : c Après avoir taillé plusieurs 

> beaux caractères dont les uns n'ont encore 

> été en lumière, les autres sont encore sur 

■ la forge, je me suis misa tailler notre lettre 
i Françoyse, justifier les matrices, en faire la 

■ fonte et finablement la rendre propre à 
» l'imprimerie, sy que j'en ay imprimé le 
) présent Dialogue de la vie et de la mort, 
• espérant, s'il plait à Dieu et au roy, d'en 
1 achever une autre de plus gros corps et 
» beaucoup plus belle. » En i558, Richard 



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XXVI DKS LITRES DE CITILITf 

Breton et Philippe Danfrie voulurent faire 
concurrence i Granjon et firent paraître un 
Dilcours de la court, avec leplaisant récit de 
tes diversitii, imprimé en csracières Fran- 
çoii plus nets encore que ceux de l'éditeur 
Lyonnais, qui cependant étaient d'une très- 
belle exécution. Ils se sont servis des mêmes 
caractères pour l'impression de la Civile 
konesteli de Cordîer, qui devait leur donner 
une sorte de consécration et les répandre si 
bien par toute la France, que le nom de 
caractères de Civiliti leur en resta (i). 

Jean de Tournes, dans son imprimerie de 
Lyon, n'en continuait pas moins d'employer 

(i) M. 3. Picbon n'en croit rien et «appoie qn'iU 
durent sartouC leur diffuBian à la Civilité puérile et 
Honnête de 3.-B. de U Salle. 11 ne parah aToir 
connu que la Civile Honesteté de i i6o, rilmpru- 
sionde celle de 1SJ9, la seule qu'il cite parmi une 
cinquaalaiuE d'ourragei in^irimii avec ce caracttre 
spécial par Breton et DauMe, et il en condui qu'un 
Utte unique n'a jamais pu être laiei répandu pour 
rendre populaire la lettre Françoise. Mais, outre 
qu'il ne tient pas compte de la diffuiïoa toute apé- 
ciale d'un manuel d'école, tiré â des milliers d'exem- 
plaires, comme le fut la Civilité de Malburln Cor- 
dier, il j eut beaucoup d'autres Civilités, anlérieuret 
k celle de J.-B. de La Salle et que celle-ci, malgré 
sa vogue, ne parvint pas d'abord i faire disparaître 



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DEPUIS LB XTI* SIECLE XXVII 

ces caractères cunifs dont il pnraîtavoir eu le 
premier l'idée. A dfFaut d'une des Civililis 
sorties de chez lui, dès iSbg, et sigaolée* p«r 
Brunet, nous pouvons dire un mot d'un 
ouvrage similaire qu'il édita vers la fin du 
siècle, le Galateo, owero de^costumi, de Gio- 
vanni Della Casa, ,archev£que de Bénévent, 
accompagné de trois versions. Latine, Fran- 
çaise et Espagnole. La traduction porte ce 
xKtTt: Le Galatée, premièrement composé en 
Italien, par J. de la Case, et depuis mis en 
François, Latin et Espagnol, par divers 
auteurs. Tr aidé très-utile et très-nécessaire, 
pour bien dresser une jeunesse en toutes ma~ 
nières et façons de/aire louables, bien receuts 
et approuvées par toutes gentj d'honneur et 
de vertu : et propre pour ceux qui non-seule- 
ment prennent plaisir en la langue Latine, 
mais aussi aux trois vulgaires qui en sont 
dérivées, par Jeatt de Tournes, iSçti. C'est un 
in-ig imprimé sur quatre colonnes. La pré- 
fac»et la traduction Franfaise, toutes deus 
de Jean de Tournes, sont en caractères de 
Civilité, l'Italien en Italique, le Latin et l'Es- 
pagnol en Romain. Les caractères de Civilité 
sont Élégants, mais d'une extrême finesse et 
assez compliqués pour présenter quelque 
difSculté à la lecture, principalement i cause 



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XXVUI DIS LIVRES DB CIYIUTi 

desabrfTÎations. Pour le fond, on peut ranger 
cet ouvrage dans la s£rie des Civilités; mais 

Della C^sa, s'il connaissait le livre d'Érasme, 
ce qui est bien vraisemblable, ne parait pas 
avoir eu en vue de l'imiter, m£me de loin. 
Toute la première partie traite du savoir- 
vivre et les pr&eples que l'auteur donne, 
quoique identiques à ceux d'ÉraGme, ont une 
forme et des développements tout autres. En 
void quelques passages, d'après la traduction 
de Jean de Tournes i elle est aussi fidèle que 

■ ... Semblablement,iln'eil pas honneateà 
a un gentilhomme bien apprit de se préparer 
I devant un chacunpour aller à ses nécessités 
1 naturelles: étalant mis ^n à icelles, iln'est 
t pas bien séant de se revestir en présence 
I d'autrujr. Encor ne trouve je pas bon que 
1 revenarU d'icelles, il se lave les nulins eu 
u présence d'une honnesie compagnie, pour 
I ce que la raison, pour laquelle il se lave 

> représente quelque chose de mausada à 

> l'imagination de ceux qui le voyenl. Pour 
I la mesma raison aussi quand on vient à 
I rencontivr par chemin quelque chose de 

> mauvais goust (comme il advient souveni), 
» il n'est pas honneste de se tourner devers 
' la compagnie et luymonstrerceste ordure. 



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DEPUIS LB XVI* SiiCLE ZXIX 

> Eticor moins doit on présenter à sentir à 

> autrvf choses puantes, ce que quelques uns 
1 ont accoustumé de /aire avec grande im- 

• portunité, se l'approchant eux^mesmes du 
t nef et disans : Hé, sente:^ un peu, je 
■ vous prie, comme cecy put : oint, ils de- 
1 vroient dire, ne le flaire^ pas, car il 

t Ilyenaencor d'autres qui entoussissant 

• ou esternuantifont un si grand bruitqu'ils 

> estaurdissent ceux qui sont à Pentour d'eux : 

> et y en a aussi, qui, usans de peu de discré- 
I tionensemblableschoses,crackenl auvisage 
I de ceux qui sont, à Pentour, Autres encor 

• se tremféiit qui en baaillant hurlait ou 

• braillent comme un asne. Il s'en treuve aussi 
I qui ayans toujours la touche ouverte et 
. béante pour vouloir parler et suivre leurs 

• discours, jectent dehors semblable voix ou 

• plutost semblable son à ceiuy que fait le 
1 mu£t quand ifsf^fforce de parler... Tu ne 

• dois pas aussi, quand tu te seras mouché, 

> ouvrir ton mouchoir et regarder dedans 
- comme si des perles ou des rubis te fussent 

• sortis du ne^ et descendus du cerveau : gui 
■ sont façons de faire mal aggréables, et 

> propres, non pas à nous faire aimer, mais 
» à faire que ceux gui nous aimoyent quittent 



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XXX DES LIVRES SE avILIT^ 

t et se deapouillent de la bonne affection 
» qu'ils nous portoyent... 

> C'est encor une coustume mal séante de 
» mettre le ne^ sur le verre où un autre doit 

• boire, pour le sentir, ou sur la viande qu'un 

• autre doit manger : au contraire, je ne 

> trouverais pas bon qu'il sentist ouflairasl 

• cela mesme qu'il doit boire ou manger, veu 

• qu'il peut advenir qu'il tumbe du nej chose 

• que Fan void à regret, encor que à l'heure 

• il ne tumbe rien. Par mon conseil aussi tu 

• ne présenteras pas à autruy à boire dans 

• le verre où tu auras mis la bouche pour en 

• gouster, si ce n'était à quelcun qui te fust 

• plus que familier. Et beaucoup moins dois 

• tu présenter à un autre une poire ou autre 

• fruict oit tu auras mis les dents. Ne far- 

• restes pas à ee que les choses susdites te 

• semblent eslre de peu d'importance : (Tau- 

• tant que les légères playes, si elles sont en 

> grand nombre, ne laissent pas de mener à 
I la mon... • 

Cette digression nous a un peu éloigofs 
d'Érasme; revenons-^ avec aae Civilité pui- 
rileqai suit la sienne de beaucoup plus prèa. 
C'est la Civilité honnette pour VinstrucHim 
des en/ans en laquelle est mis (sic) au com~ 
mencement la manière d'apprendre à bien 



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DEPUIS LE XVI* SlàCLE XSXI 

lire, prorumeer et eserire, par Fleury Bour- 
riquant, au Mortt-Hilaire, pris le puits Cer- 
tain (164S). Ce petit livre est imprimf en 
Mraaères cursifs qui, sans avoir l'Élégance 
de ceux de Granjon ou de Bretoc et Danfrie, 
sont très-nets et tris-Hsibles ; ce ne tont pM 
encore les affreuses têtes de clou dont on 
fit usage au sviii° siècle, pour apprendre aux 
entants à lire dans les contrats. Elle est 
coDune le type d'une série de Civilités qu'on 
pourrait appeler Éraamiennes, tant l'imita- 
tion est évidente, et qui persistèreni même 
après l'apparition de l'ouvrage de J.-B. de 
La Salle. Imprimées généralement à Toul, 
à Troyes ou à Chitellerault, elles ont toutes 
pour frontispice trois stances d'une poésie 
peu relevée, qui servent comme de marque 
de fabrique : 

GenimS^ CPic» en iou^e t^àrtHeC, 
^H .^M Ceçtct, twue tt «neK..' 



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XXXII DBi UVRXS DE CIVIUTÉ 

«'Ovi^^ aHeutii ci VfNWMMMr*, 
"Ôofvc, Çaittaui, b^ek-u», 

<^U mOHÏC MC ^0i<^ CMBiCW». 

ê" Muf |x!e^ ut ie titi€o&t:', 
Oc 4M'a(^ owei^ fouCcHl K«£Mae' 
^f fcuTd^MC À <|ui iu. muerai: 
Cdk fatfaM«, fca&H^ \cta<='. 

Aprëi avoir expoïé la maniire d'ai^rendre 
i bien lire, prononcer et écrire, Fleury 

Bourriquant s'est rais en frais de divers 
préambules de sa façon, tels qu'un Avis aux 
loaistrCB : Comment se doivent gouverner 
ceux qui ont charge d'emeigner les petits 
en/ans, et deux Exhortations ; l'une générale. 
Exhortation à l'enfant, l'autre particulière : 
A noble et vertueux adolescent Bertrand P. 
H. B,, où paraît déjà l'imitation d'Érasme, 
dédiant son livre au jeune prince de Veere. 
Trois autres chapitres : Proême de fiuitheur ; 
L'Enfant 4oit premièrement tçMioir pie ^est 



"■oiCoô^lc 



• apparnem aux aroauariert ei arguem- 
t Jiers. 

' Son front doit estre joyeux et doux, 

• démonstrant son honnesie semblant, et non 

• ridé et reiffroigné, car c'est affaire àvieil- 

• Usse et à gens colère^. 

• Les sourcils doivent estre estendus et non 
' retirej, qui est signe de fierté, ny eslevej 

• en hault, qui signifie arrogance, ne abatas 



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XSXtV Vta LIVRES DE CITILITC 

■ sur les yeux, car c'est le/aict des songe- 

• creux, et autres qui pensent mal. 

• Outre plus, que le nej de l'enfant soit 

• tousjours net et propre, et non morveux, 

■ car cela est par trop vilain et deshonneste. 

• /' ne doit nullement se moucher à son 

• bonnet quand il le tient en sa main, ou à 

■ sa robbe, car cela est trop rustique, n^sur 
1 son bras, avec ses mains, les torchant après 

• à ses vestemens : car cela est la coutume 

• des poissonniers. Mais pour se moucher 

• honnestemenl, il prendra son mouchoir et 

• se retirera quelque peu de ceux qui sont 

> près de luy, se gardant- de souffler trop 

• haut des narines et de ronfler : car c'ert 

• chose laide et qui démonstre le faict desfu- 

• rieux et insensé^. Ilest bien vri^ que ceux 

> qui ont haute alleine et gui respirent avec 

• grande difficulté sont en cecy aucunement 

• excusables. 

II faut que renfant ait les joues tainctes 
I d'une honte naïve et convenable d son aage, 

• laquelle soit sans fard ou fauce couleur, 
t qui est contre. Dieu et deshonnore nature, 

• qti^il ne se trouve en trop grande assew 

> ronce et hardiesse, ne qu'il représente un 
n estoKnement et habitation... Il n'enflera 
) pareillement ses joues ny ne les rabatra ou 



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DEPUIS LB XVI> SIÈCLE XZXV 

a avalera: car Vun'dinote arrogance et gloire, 
» et raùtre trahison. 

1 II faut que sa bouche ne toit serrée et 
B close, comme ceux qui craignent de prendre 
t l'haleine d'autrui, mais que ses lèvres s'en- 

> trebaisent doucement l'une et l'autre, sans 
• les mordre ainsi que font plusieurs. Il ne 

> les lesckera semblablement, car c'est le 
I geste d'un homme qui menace. Le second 
» est malséant à tous. 

> Aussi ne se mocquera-t-il d'aucun, soit 
1 en luy tirant la langue ou autrement, pour 
B n'imiter lefaict des gens eshonte^, happe- 
I lopins et escomijleurs effronté^, n 

L'imitation d'Érasme est peut-être encore 
plus sensible, au chapitre Ùe la table : ... 
1 n est incivil de tremper ses doigts dedans 
t les saulces et chaudeaux et les lescker ou 
» les torcher à sa robbe au lieu de serviette; 
■ Tnais il faut seulement mettre quelques fois 
t le pain... Pareillement de ronger les os 
» n'est point honnesîe, mais cela appartient 
t aux chiens etaux chats... S'il veut prendre 
u du sel pour saler son manger, il le prendra 
» avec le cousteau, si la salière est près de lui, 
1 sinon tendant son assiette en demandera au 
I prochain d'icelle... Quantàson boire. Une 
n luy est sain et honneste de boire plus de 



i-.CoogIc 



XZXTl DIS LIVKBS DK CtYILITi 

» dtux fins à UH dimer ou soupper. Car si 
n auti'ement il est gouverné, voiey les rétri- 
» MUms qif auront ceux qui aiment le vin : 
• c'est d'avoir une kibitation d'entendement, 
y les yeux ehaasieux, les joues pendantes, 
n vieillesse devant ses jours, bref tout le corps 
» et l'esprit gasté et infecté au moyen de 
» telles imperfections. » L« chapitre Du jeu 
Mt traduit presque linéralement; il est dif- 
ficile de croire que l'auteur ne a'inspirait pas 
directement d'Erasme ou tout au moins 
d'une des vieilles traductions. 

Au commencenient du iviif siècle parut 
la Civilité de J.-B. de La Salle. Elle £tait 
intitulée Les Règles de la Bienséance et de 
la Civilité chrétienne, divisé en deux par- 
tie», à l'usage des Écoles chrestiennes (i). 

(I) M. Jirûme Pichon commet une «rrear en arai- 
çaot qoe k première édition est de t7i3 et en cirac- 

licnre (Troyes, chez Pierre Booi^iag, laiprlmeoT- 
libraïre, Cr«nil'-Rae, 17 il) en caractères de Ci'niM. 
Elle est identique camine (cite à celle de 1713, 
qui est revendiquée comme œuvre de J,-B. de La 
SiHe, dons l'ivertisKinent de la pmnitre édidon 
donnée >ous son nom : Lei Rtgltt de la Bieiaéance 
et de la Civiliti chréUejine, par Moasitur de 
La Salle, prêtre, docteur en théologie, 178». An 
re«te, le nom de La Satie fignre en tontes lettres 
dan* le PriTiUge de cette éditloD d( 1711. 



ii-vC 00g le 



DEPUIS LE XVI* SIËCIA KXZVn 

L'auteur, selon toute vrai «embli née, ne 
s'est aucunement préoccupé du texte d'É- 
rasmej il a bit un ouvra^ nouveau, qui 
est bien de lui, en prenant pour point de 
départ la Civile honesteti de Cordier, peut- 
Etre &ussi la Civilité puérile de Fleury 
Bourriquant, et d'autres encore, car cei 
sortes de livres étalent très- nombreux. 
Entre ses mains, l'opuscule de Mathurm 
Cordier est devenu un gros volume de 
trois centa pages, farci de toutes aortes de 
choses. 11 a taillé en plein drap, retranchi 
et ajouté à sa guise, ajouté surtout, et la 
plupart du temps d'une bfon assez mala- 
droite. L'esprit d'Érasme se trouve à peu 
près évaporé dans ce fatras; toutefois le 
mordant écrivain avait donné à ses pré- 
ceptes un tour si ingénieux, si rapide, quMl 
£tïit difScile de mieux dire, et quelques- 
unes de ses idées transparaissent encore, 
sous ces épaisses couches d'alluvions. Ce 
qu'il y a de lamentable, ce sont les para- 
phrases et les réflexions saugrenues dont 
J.-B. de La Salle accompagne des précej^tes 
judicieux au fond, comme s'il prenait i 
tâche de les rendre ridicules. Érasme, par 
exemple, recommande à l'enfant de net- 
toyer ses oreilles; plut loin, ptriuit delà 



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SXXVIU DES LIVRES DE CIVILITÉ 

contenance i régllse, il dit qu'il faut écouter 
Je prêtre. Voici comment J.-B. de La Salle 
arrange tout cela : t La modestie et t'bon- 
nêteté demandent qu'on ne laisse pas amasser 
beaucoup d'ordures data ses oreilles; ainsi, 
il faut de temps en temps les nettoyer avec 
un instrument fait exprès qu'on nomme 
pour ce sujet cure-oreilles. ... Il n'est pas 
séant de porter une plume sur l'oreille, ni 
éty mettre des fieurs, d'avoir les oreilles 
percées et £y mettre des anneaux; cela n« 
sitd pas bien à un homme, car c'est une 
marque d'esclavage qui ne lui convient pas. 
Le plus bel ornement des oreilles d'un chré- 
tien est qu'elles soient bien disposées et tou- 
jours prêtes à écouter avec attention et re- 
cevoir avec soumission les itistructions qui 
regardent la religion.... i Restons-en sur 
cette série en ion. J.-B. de La Salle n'est 
pas plus heureux avec le nez qu'avec lei 
oreilles : • Le «e^ est l'honneur et la beauté 
du visage, et il est la partie de notis-mémes 
la plus apparente. Il est Irès-malhonneste de 
fouiller incessamment dans les narrines avec 
le doigt et il est encore plus insupportable 
de porter ensuite dans la bouche ce qu'on a 
tiré hors des narrines, ou mime le doigt 
qu'on vient d'y mettre; cela est capable de 



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DEPUIS LE xvr SrÈCLE XZXIX 
faire mal au cceur à ceux qui le voyent. i 
Érasme s'était efforcé de ne pas appuyer 
sur ces détails écœurants; J.~B. de La Salle 
, semble s'y complaire. Porrecta lingua de- 
ridere quemquam seurrile est, s Se moquer 
de quelqu'un en lui tirant la langue est 
d'un bouffon, i dit brièvement Érasme; 
J.-B. de La Salle paraphrase de la manière 
suivante : u C'est une chose honteuse et 
indigne d'une personne bien nie de tirer la 
langue par mépris au pour refuser ce qu'un 
autre demande et il est malhonnête de 
Favancer Jusque sur le bord des lèvres ou 
de la remuer en la faisant passer d'un costi 
à l'autre; il n'est pas moins incivil de mettre 
la langue ou la lèvre d'en bas sur la lèvre 
d'en haut pour en tirer de l'eau ou de la 
morve qui serait tombée du ne^ et dé la re- 
porter ensuite dans la bouche. Il serait bon 
que ceux qui sont aise^ mal ilevej peur 
tomber dans ces sortes de défauts se ser- 
vissent d'un miroir pour s'en corriger, car 
ils ne pourroient sans doute se voir faire 
des choses aussi maikonnestes sans les con- 
damner, n Voilà comment d'une Crentsine 
de pages que fournissaient le texte Latin, la 
traduction de Louveau ou les imitations de 
Cordier et autres, il a pu faire tout un vo- 



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XL DES LIVRES DB CIVtLiri 

lume. Ce qui â«c eatièrement de son cru ne 
vaut pu mieux; tel est le fameux chapitre 
dn chapeaux négligé par Aristote : Du 
chaptau tt delà manière de s'en servir. On 
y apprend que ■ le chapeau sert à Chomme 
pour orner m lejte aussi bien que pour le 
garantir de plusieurs incommodité^ »; qu'il 
faut, lorsqu'on salue quelqu'un, > prendre 
son chapeau wiec la main droite et Voter 
entièrement de dessus de sa teste, d'une ma- 
nière konneste, en ettendant le bras jusque» 
en bas t; que c'est une incivilité, lorsqu'on 
parle à quelqu'un, • de tourner son cha~ 
peau, de gratter dessus avec les doigts, de 
battre le tambour dessus, de toucher la laisse 
ou le cordon, de regarder dedans ou tout 
au moins de le tenir devant son visage ou 
sur sa bouche, en sorte qu'on ne puisse pas 
être entendu en parlant »; que t c'est quel- 
que chose de bien plus vilain de mordre les 
bords lorsqu'on le lient devant sa bouche, etc., 
etc. > Un autre chapitre qui traite du Man- 
teau, des Gans, des Bas, des Souliers, de la 
Chemise et de la Cravate; d'autres : de la 
Récréation et du Ris, de la Promenade, du 
Chant, des Divertissements qui ne sont pas 
permis (Bals et Théâtres), des Visites, etc., 
n'ont rien à démSler avec Érasme. Dans ce 
\ 



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qu'il lui emprunte, J. B. de La Salle a pour 
principe de le développer à outrance ; cha- 
que précepte devient pour lui l'occasion 
d'un chapitre entier «t de réflexions inter- 
minables : De la manière de manger et de 
le faire konueUement ; De la manière de 
manger te potage; Delà manière dont m 
doit se servir, prendre et manger le pain et 
le sel; De la manière dont on doit se com- 
porter à l'égard des os, etc., etc. 11 existe 
dans l'édition de 1713 un chapitre intitulé 
du Tabac, qui ne se trouve pas dans lea 
autres et qui, en effet, était déplacé dana 
une Civilité puérile. L'auteur établit quel- 
ques degrés entre lea mauvaises habitudes 
de ceux qui usent du tabac: priser n'est 
qu'un léger défout, Â condition qu'on n'é- 
ternue pas sans cesse, qu'on ne secoue pat 
son mouchoir dans la (îgure des autres; 
fumer est détestable, surtout fumer 1 en 
pipe > ; cela ne se peut faire que che^ soi, 
dans le silence du cabinet; chiquer est dé- 
goûtant; maisce qui est plus insupportable 
que tout le reste, c'est de 1 se fiturrer des 
feuilles de tabac dans le ne^, > Voilà une ■ 
allusion à un usage tout à fiiit oublié au- 
jourd'hui. 
Cette Ci'vtViï^jïuêri/e, développée si niaise- 



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ZLII DBS UVRBS DE CIVIUT£ 

ment et sans mesure, fut très- 
r£iniprimée au xviii* siicle : elle ne pouvait 
cependant pas Stre un livre élémentaire, 
autti en ful-il fait un résumé pour les 
plus jeunes enfants. Ainsi réduit, débar~ 
rissj d'un tas de détails oiseux ou écceurants, 
le livre de J.-B. de La Salle se perpétua 
presque jusqu'à nos jours. Une des der- 
nières édibons que nous ayons vues,' en 
caractËres d« CiwIiW, est de 1821 (A. Paris, 
chej MoroHval, impr. libraire de Vltutitut 
da Frères des écoles ehréliennes, rue Ga~ 
lande, hôtel de Chdtillon). Les caractères en 
sont nets et non dépourvus d'une certaine 
élégance; ainsi comprise, cette typographie 
«pédale pouvait avoir quelque utilité : elle 
te rapproche des plus belles écritures cu:^ 
sives du siècle précédent et elle initiait 
l'endiiit à des connaissances nécessaires. 
Postérieurement à i63o, elle ne fut réim- 
primée qu'en caractères Romains. 

Indépendamment de ce résumé, d'autres 
Civilités couraient encore les écoles; celle 
de J.-B. de La Salle s'éditait surtout à Paris; 
les autres sortirent principalement de Toul, 
Troyea, Châiellcrault et Orléans. Les Ci»i~ 
litéa de Ch&tellerault étaient renommées 
entre toutes pour leur mauvaise exécution 



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DEPUIS LE XVI" SIÈCLE XLlll 

tTpogrepbique : le papier est plus rance et 
plus grenu que du papier à chandelle ; les 
caractères, empâtés et effacés par des tirages 
séculaires, ne prgduisent que des macula- 
tures illisibles. Celles d'Orléans, imprimées 
chez Rouzeau-Montaut, sont au contraire 
irréprochables ; elles procèdent, pour la pu- 
reté et la finesse des caractères, des belles 
éditions de Granion et de Danfrie. Pour le 
fond, ces Civilités provinciales sont tirées 
d'Érasme, soit d'après le leite Latin, qui 
était toujours en usage dans les collèges, 
soit par l'intermédiaire d'anciennes traduc- 
tions ou de l'imitation libre de Mathurin 
Cordier. On croit généralement qu'elles soilt 
toutes copiées les unes sur les autres ; c'est 
une erreur. Chacune d'elles était réim- 
primée à foison, le plus souvent dans Is 
même ville ; mais chaque ville, outre Paris 
qui approvisionnait une grande partie de la 
France, avait pour ainsi dire la sienne : de 
là une foule de variétés qui n'ont entre 
elles que peu de rapports. Les auteurs de 
ces manuels étaient des éclectiques -, ils pre- 
naient de cûté et d'autre et arrangeaient à 
leur guise ce qui leur convenait, ajoutant 
ou retranchant, selon leurs tendances par- 
ticulières, et masquant babileoient ce qu'ils 



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XL1V DU LtVKSS DE ClVILITf 

empruntaient. Nous allons poster en revue 
quelques-uns de ces petits livres qu'on 
rencoatrera peut-£tre difficilement avant peu 
d'aan^, car ils n'oSreiM guire d'attraits 
aux coUcctionneurs et menacent de dis- 
paraître. 

La Civilité hmnestepour l'instruction des 
enfant, dressée par un missionnaire (à 
Trayes, chef madame Garnier, imprimeur-' 
libraire, rue du Temple, 1714J. La préface, 
d£di£e f à la Jeunesse qui aime l'honneur > 
suit les trois stances que nous avons traos- 
crites plus haut et précède les Règles de la 
Civilité puérile. Celle^i commence natu- 
rellement par un alphabet et un petit traité 
grammatical. L'auteur était un érudii ; & 
propos de la ponctuation, il croit devoir 
apprendre aux enfants de quatre ou cinq 
ans, les seuls auxquels s'adressait son livre, 
que la virgule s'appelait en Latin incisum; 
les deux points, en Grec et en Latin contma; 
et le point coliun en Grec, punclum en Latin. 
Pour le reste, sauf dans deux courts cha- 
pitres intitulés : De la Vue et Du maintien 
extérieur du corps, il néglige tous les pré- 
ceptes détaillés avec tant de minutie dans 
les autres Civilités; il s'en tient aux pre- 



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Nouveau traité de la Civilité qui se pra- 
tique en France parmi les honnestes gens, 
pour l'éducation de la jeunesse, avec une 
méthode facile pour apprendre à bien lire, 
prononcer les mots et les écrire, les Beaux 
Quatrins du sage monsieur de Pybrac et 
l'arithmétique en sa perfection. A Chatel- 
lerault, chej la veuve Maréchal, imprimeur 
du roy et de la ville. (Sans date.) C'est une 
des bonnes éditions de ChtMlleraulr : les 
meilleures sont les plus illisibles. Dans celle- 
ci, les o, les a, les u, les e, sont remplacfi 



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XLVI DBS UVRES I>E CIVtUTâ 

par des pfttés ; les /, les s, I«e I, les t, sont 
absolument identiques. Comment les en- 
firnts s'y reconnaisBaient-ils ? Au fond, c'est 
une imitation d'Éraame, par l'intermddiaire 
de Mathurin Cordier, mais la disposition . 
des matiires est autre. Au lieu d'une divi- 
sion en sept chapitres, l'auteur a adopté un 
fractionnement en une multitude de petits 
paragraphes indiqués comme suit : Sourcils 
ilaiis ; Front joyeux ; Du ne^ ; Soufrer du 
fier ^ ronfler; ÉUrnuer; Saluer quand on 
étemue; Joues enflées, etc., et composés 
seulement de quelques lignes (i). 

|i) Notons ici ta particularité CDrienu d'an 
eiemplaire de cette Civilité que possède la Blblio- 
tbique de l'Arsenal (a« 2S44). Ad lien d« quatrains 
de Pibrac, annoncés sur le titre, on trouve one poé- 
sie intitulée : La Manière civile de se comporter 
pour entrtr en mariage avec une demoiielle : 



1 Quelle heure est-il, tdiraSufou, 
Car loujient ça l* demande j 

Vous répondre^ d'tin joli ton 1 
. CetI fheare où v'ià que f aime. ■ 

A sa fêle voui lui feret 
De Jleurt une guirlande; 



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DEPUIS LE XVI' SIÈCLE XLVII 

La Civilité chrétienne et honneste, pour 
l'éducation et l'instruction de la jeunesse, etc. 
(anonyma); à Tout, cbej Joseph Carej seul 
imprimeur libraire (i-jGSj. Lea chapitres 
Du corps humain. De la tête. De la face de 
l'homme. Du maintien, Des yeux, Des 

Pour devise vous lai metlref : 

( Dèi qu'on roui foit, on aime. • 
En attendant tout tes artnemix 

Que la belle se rende. 
Faites répéter aux échos : 

I Ehltfne^ donc, v'ià quej'aimel » 
Quand la mire refusera 

Lajiile qu'on demande. 
Pour la Jléchir l'amant dira : 

• Daml n'a pourtant quefaimel t 
Quand on dit ainsi ses raisons, 

Les mères les enlendenl. 
Car c'est le pain dans les maisons 

Quand les deux époux aiment. 

Cette poiàe badine est de MOQcrit J.'hislorio- 
griffe des chils ge trauTiit un jour, paratt-il, k 
Chïlelleranit, chez un imprimeor de les iinii. 
Pour s'amaBcr ini dépens des Civilités, de ceux 
qui les idilcnt et de ceux qui les lisent, il impro- 
visa celte pièce de vera et la 'fie composer avec ces 
caractères particulièremeat illisibles dont ChatellG- 
riulc avait le monopole. On plaça sans doute le 
leuillet, par mfgarde, A la suite de l'ouvrage qui se 
débitait le plus en ce nioment-lt; mais la plaiiau' 
terie est un pen roide. 



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XLTITI I>ES tlVRKl DB CITILIT£ 

oreiilea. Du neif, etc., sont imitas d'Ératme, 
et de beaucoup plus pris que par Mathurin 
Cordier ; cependant l'auteur l'&atte du 
texte Latin dans maints passages où le plus 
simplceût été delesuivre. 1! a aussi bsaucoup 
mis à contribution J.-B. de La Salle, en 
l'abrégeant, et il lui a notamment emprunté: 
Du chapeau et de la manière de s'en servir. 
Ce qu'il a surtout développé, c'est le cha- 
pitre de la table ; une fois sur ce sujet, il 
n'en finit pas. Il traite : i' De la table; 
2° De ce qu'il faut observer à table ; 3' De 
la manière de couper proprement; puis 
it à la file : 4° Connaître lesmeîlleurt 
IX ; 5' Du poisson ; 6' Comment on doit 
servir et recevoir à table; 7' Manger àtable; 
8' Comme il faut boire à table; 5° Parler 
ou rire à table; lO' Du dessert ; 1 1' Com- 
ment il faut se lever de table. C'est un tra- 
vail complet dont le point culminant est ; 
Connaître les meilleurs morceaux, où l'on 
sent que l'auteur a mis toute son Ame : 

*Du chapon bouilli, sur le potage de santé, 
la poitrine est le meilleur endroit, puis les 
euistes, ensuite les ailes ; car au bouilli la 
cuisse passe pour être meilleure que les 
ailes. 

> L'endroit de la pièce de bcatftremtlanU 



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DEPUIS LX KVH SitCLB XLIX 

le plus eiOrtlardé de grat et de ntaigre ett 
ttmfours le meilleur ; le petit côti de l'al- 
Iqyam ett toigoiirt le plus tendre. 

I Les yeux de la tite de »eau sont les 
meilleurs, puis les tempes. 

I La longe de veau se coupe ordinairement 
par le milieu, à l'endroit le plus cliarnu; m 
présente le rognon par honneur; on trouve 
quelque chose de délicat le long de Féchine, 
près des os, notamment vers la queue. 

1 lyune épaule de mouton, la fine; d'une 
éelandie, les os de la jointure, bien garnis 
de chair à Ventour, se présentent par hon- 

1 Parmi les volailles rôties, de celles qui 
gratent la terre a»te lespieds, les ailes sont 
les plus délicates; au contraire, de toutes 
celles qui volent en fair, les cuisses sont les 
meilleures. Les perdrix tiennent lieu parmi 
celles qui gratent la terre, parce qu'elles ne 
votent pas haut, 

I Sans un cochon de lait, la peau et les 
oreilles sont les plus esHifUes. Dans les lie- 
rres, levreaux et lapins, les morceaux qu'on 
tgtpelle par rareté morceaux de chasseur se 
pren n ent au côté de la (piem; le rdble, les 
cuisses et les épaules vont après. • 

Ce chapitre e*t emprunta en pirtie A 



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L DES LIVSKS t>B CIVILITÉ 

J.-B. de La Salle; mais l'auteur, qui était 
sana doute une fine bouche, a ajouté des 
détails qui font honneur à ses connaissatt- 
ces gastronomiques. Il recammande de sef^ 
vir des oranges avec le rôti; il veut, si les 
poulets ne sont pas trop gros, que chaque 
convive ait le sien : le baron Brice, qui se 
dépitait de voir couper en deux des cane- 
tons de Rouen, avait eu son précurseur 
dans ce gourmand anonyme. Il est cepen- 
dant un point où ces deux maîtres en bonne 
chère ne se seraient pas trouvés d'accord; 
le baron Brice de 1763 prétend que dans le 
saumon, le marsouin et le brochet la tite 
est lemorceau de choix : nous aurions voulu 
voir la figure qu'aurait faite le baron 
Brice de 1863, si on hii eût mis sur son 
assiette une t£te de saumon, voire m&ne 
une tête de a 



La Civilité qui se pratique en France 
. parmi les honnêtes gens, pour l'éducation de 
la jeunesse (anonyme), et suivie des Qua- 
trains du sage monsieur de Pybrac; à Or- 
léans, chef Roujeau-Montaut, imprimeur de 
l'èvêehé, libraire et marchand de papier, rue 
Royale,n' 1 1. Celle-ci débute par Va Prière 
du matin et entre en matiire en traitant : 



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DKPOIS LK ZVl' SIÈCLE LI 

De et que Fort doit observer à ^église et Du 
Sermon; après quoi il est question, sans 
aucun ordre ni méthode, de Chanter ou 
iouer des instruments; nous voici ensuite à : 
L'Audience d'un grand. Quelques vagues 
réminiscences d'Ërasiae, accommodées aux 
goûts du jour, apparaissent dans les chapi- 
tres intitulés ; Parler doucement et agréa- 
blement; Étemuer et se moucher; Prendre 
proprement au plat : i II ne fautpas manger 
visieni goulûment, quelque faim que l'an ait, 
de peur de s'engouer. Il faut en mangeant 
joindre les lèvres et ne pas laper comme les 
bestes; moins encore, en se servant, faire du 
bruit et racler les plats ou ratisser son as- 
siette en la desséchant jusqu'à la dernière 
goutte, ce qui découvre notre gourmandise. 
Il ne faut pas manger le potage au plat, 
mais en mettre proprement sur son assiette; 
et s'Hélait trop chaud, il est indécent de souf- 
fler à chaque cuillerée; il faut attendre qu'il 
soit refroidi. Il ne faut pas mordre dans 
son pain, mais en couper ce que nous avons 
à porter à la bouche, sans tenir le couteau à 
la main. Il faut tailler ses morceaux petits, 
pour ne point se faire de poches aux joues, 
comme les singes. Il ne faut point non plus 
ronger les os, ni les casser ou secouer pour 



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UI MS LIVRES DK OVIUTlf 

avoir la moelle; il faut en entier la viande 
sur ton awiette et puis la porter à sa bouche 
avec lafiiurchetle; car il est IriMiidéceut de 
toucher à quelque chose de gras avec ses 
doigte et de les essuyer à son pain ou de les 
lescher, qui est le comble de Vimpropraé. Il 
faut bien se garder de saucer les morceaux 
dans le plat ou dans la salière à mesure 
qitoK les mange, mais il faut prendre le set 
avec la pointe du couteau, la sauce avec la 
cuiller. Tout ce qui aura été une fois sur 
l'assiette ne doit plus être remis au plat, t 

Cette Civilité est surtout un manuel de 
bon ton ; l'auteur vise à inculquer de belles 
manières aux gens du monde. Il ne range 
pas le bal et le théâtre parmi les di- 
vertissements défendus, comme J.-B. de La 
Salle : il donne au contraire les règles pour 
s'y tenir convenablement. La conversation 
est l'objet de son étude particuliËrej il in- 
dique toutes les formules polies, depuis : 
Je vous souhaite le bonjour, monsieur, jus- 
qu'à : Je vous demande mille pardons, ma- 
dame. H proscrit sévèrement ce qu'il appelle 
des équivoques, comme dédire; Ce livre est 
relié en veau, monsieur; Cest là une belle 
cavale, madame; Il Hait monté sur un âne, 
monsieur, etc. Il ne veut pas m<me qu'on 



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DEPUIS LE ZVl* SIÈCLE LIII 

dise : Oui, mantieur le maire, comme trop 
peu respectueux -, il faut dire : Oui, monsieur, 
tout court. Rappeler à une dame iqui veut 
faire ta jeune» qi^tly a longtemps qu^on la 
coKKoit, est indigne d'un galant homme, 
une véritable félonie. Le chapitre intitulé : 
Ce que doivent observer les dames, esc trèt- 
joli ; il nous rappelle des mœurs disparue», 
celles de la vieille cour, à la fin de Louis XV 
ou sous Louis XVI. tA l'égard des dames, 
il est bon de savoir qu'outre la révérence 
qi^elles font pour saluer, il y aie masque, 
les coiffes et la robe. Car c'est, par exemple, 
incivilité aux dames d'entrer dans la cham- 
bre d'une personne à qui elles doivent du 
respect, la robe retroussée, le masque au vi~ 
sage et la coiffe sur la teste, si ce n'est une 
coiffe claire. Et il est aussi à remarquer que 
la révérence ne doit jamais estre ni courte 
ni trop précipitée, mais basse et grave, et 
pourtant succincte, où il y a lieu delà faire, 
ou au moins en s'încUnant un peu du corps 
quand on ne fait que passer. C'est une inci- 
vilité aussi d'avoir son masque sur le visage 
en un endroit où se trouve une persotme 
d'éminente qualité et où on peut estre ap- 
perçu, si ce n'est que l'on fust en carrosse 
avec elle. C'en est une autre que d'avoir le 



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LIV DES LIVRES DK CrviUTÏ 

masque au visage en saluant quelqu'un, si ce 
n'est de loin; encore l'oste~t-on pour letper' 
tonnes royales. Pour une femme parlant de 
son mari, elle peut l'appeler par le nom qu'il 
a, devant des gens de moindre qualité, en y 
ajoutant monsieur, s'il n'est lui-même de 
basse condition; mais devant des personnes 
imincnta, il faut dire simplement mon mari. 
Elle doit aussi se garder de dire monsieur 
tout court quand elle parle de son mari. C'est 
pourtant une faute asseif ordinaire, surtout 
parmi les bourgeoises. Au reste un mari est 
tout à fait ridicule de caresser safemme de- 
vant le monde. » On n'est pfts plus prédeux 
et plus n^f. 

Atcc le iviii» siècle disparurent ces di- 
verses Civilités; elles firent place à l'abrégé 
de J.-B- de La Salle, réimprimé partout à 
profusion, d'abord sous le titre primitif de 
Règles de la Bienséance et de la CivUiti 
chrétienne, puis sous celui de Civilité pué- 
rile et honnête. Cet abrégé, composé un sii- 
de après la mort de l'auteur, ne poaside 
gUËre de J.-B. de La Salle que le nom. 



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DEPUIS LE XTl' SIÈCLE LV 

dans son intégrité par une traduction litté- 
rale, peut presque passer pour une nou- 
veauté. Le texte Latin n'avait cependant pas 
cessé, durant deux siècles, de rester en hon- 
neur; avant la Révnlulion, on le faisait 
encore apprendre par cœur dans les collè- 
ges. On le réimprimait, à l'usaf^ des clas- 
ses d'humanités, avec le De officiis schûla- 
mm, de Nicolas Mercier, dont le IroisiËme 
livre : De Civilitate morum, sive de ratione 
^qficiendi m moribus, n'est, du reste, qu'une 
él^nte versification des principaux pré- 
ceptes d'Ërasme. Un autre pofte Latin du 
xvn* siècle, François Hœm, de Lille (Frart- 
ciscus Hcemus Insulanus), a même accompli, 
avec beaucoup d'adresse, le tour de force de 
mettre en vers, chapitre par chapitre, toute 
la Civilitaa morum puerilium, et ce petit 
poëme était aussi, sous Louis XIV, un 
livre classique. La tradition n'en a pas 
moins fini par se perdre, et de tant d'en- 
lants qui ont appris à lire dans une CtVi- 
lité puérile, pas un peul'Jtre, devenu homme, 
ne s'est douté qu'il avait eu Ërasme pour 
premier maître. 

Alude Bohkeau. 



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SPÉCIMEN 

DES CARACTÈRES DE CIVILITÉ 







ALPHABET 




a. A. 


e 


D ^ « ^ ^ "♦^ <*— 


■f 


as 


i ii" 


— " — T)'"— 'C! 


m 


P 

A. 

 

Q 


(Je 

SA 


j^ odv. av. o es 

•fe <C *« «iW -9 


i 

3 



.^—'tu^Autj |V ^loitj fortes- 



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La Civilité puérile 

ÉRASME DE ROTTERDAM 



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DE CIVILITATE 

Morum puerilwm 
DESID. ERASMUS ROTERODAMUS 



et optimsE spei puera 

HENRICO A BURGUNDIA 

Adolpbi prjodpii Veriaai Elio, S. 



PRBFATIO 

ter maximum illum Paulum 

Inon piguit omnia fieri omnibus, 
quo prodesse posset omnibus : 
quanta minus ego gravari debeo juvan- 
d4e juventutis amore subinde repueraS' 
cere ! Itaque quemadmodum pridem ad 
Maximiliani fralris tut primam aio' 



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LA CIVILITÉ PUÉRILE 

DIDIER ÉRASME DE ROTTERDAM 

Au très-noble 
HENRI DE BOURGOGNE 

Fils d'Adolphe, prince de Vtete 
hont cnfoac de grande espérance, Salut. 

PRÉAMBULE 

uisQUE ce grand Saint PaUl n'a 
pas dédaigné de se faire par irais 
fois(i) tout à tous, afin d'être 
utile à tous, je ne dois pas avoir plus de 

(i) Erasme fait ici allnsioo au ^ssage de la 
inépïtre de Saint Paul aux Corinthiens (ix, ig e( 
>ui7,) oA Saint Faal dit qu1l s^est d'abord fait Juif 



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4 Là CtTlLrrt PUfalLB 

lescentiam memiet Mtxommodmri, dum. 
aioiesetHtirianmt forma Hnptam : iM 
nunc me ad tuant attempero pueritiam, 
de puerorum moribus prceceplurus .-/noit 
^uod tu hisce prtescriplis magnipere 
egeas,primum ab incunabuUs inter atili- 
cos educatus, mox nactus tam iasignem 
formandœ rudis xtalh artificem .- aut 
quod otnnia quœ prcescribemus, ad te 
pertineant, et e principibus, et principa- 
tui natum : sed ut libentius hase ediscant 
omnes pueri, quod amplissimee forturue, 
summaque spei puero dicata sinlJ Nec 
enim médiocre calcar addet umversa 
pubi, si conspexerint keroum libéras a 
primis statim annis dicari sludUs, et in 
eodem cum tpsis stadio currere. 



a les faibles, afin d« gagnée 



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d'^iueus 5 

peine à me rajeunir de temps en temps, 
pour l'amour de la jeunesse. Cest pour- 
quoi, de même que jeme suis Qccommodé 
à l'adolescence de ton frère Maximilien, 
pour lui enseigner le parler qui convient 
aux jeunes gens, ainsi je me prête au- 
jourd'hui à ton âge en&niin pour f en- 
seigner la civilité puérile. Ce n'est pas 
que tu aies été à cet égard entièrement 
privé de toute règle : tu as été élevé dès 
le berceau au milieu des courtisans et 
l'on t'a pourvu de bonne heure d'un 
précepteur habile, qui t'a donné les pre- 
mières leçons; en outre, de ce que j'ai i, 
dire tout ne te regarde pas, toi fils de 
princes et né pour régner : mais les en- 
fants recevront plus volontiers ces pré- 
ceptes dédiés à un en&nt d'un rang élevé 
et d'uQ grand avenir. Geneseraitpas un 
médiocre encouragement pour eux que 
de voir les fils des princes nourris, dès 
leur jeunesse, des mêmes études qu'eux 
et exercés dans la même lice. 



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6 LA CIVILITÉ POÉRILE 

Munus autem formandi puerittam, 
multis constat partibus, quorum sicuti 
prima, tla pracipua est, ut tenellus ani- 
mus imbibât pietatis seminaria : proxi- 
ma, ut libérales disciplinas et amet, et 
perdiscat : tertia est, ut ad vitœ <^cia 
instruatur : quarta est, ut a primis sta- 
tim ttvi rudimentis civilitati morum 
assuescat. Hanc postremam nunc ntifti 
proprie sumpsi. Nam de superioribus 
quum alii complures, tutn nos quoque 
permulta scripsitnus. Quanquam autem 
extemum illud corporis décorum ab 
animo bene composito proficiscatur, ta- 
men incuria prœceptorum nonnumquam 
Jîeri videmus, ut hanc intérim gratiam in 
probis et eruditis hominibus desideremus. 
Nec inficior hanc esse crassissimam Phi- 
losophie partem, sed ea (ut sunt hodie 
mortalium judicia) plurimum conducit 
et ad conciliandam benevolentiam, et ad 
prœclaras illas animi dotes oculis homi- 
. num commendandas. Decet autem ut 



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i>'£rasub 7 

L'art d'instruire l'enfiince consiste en 
plusieurs parties, dont la première et 
la principale est que l'esprit encore ten- 
dre reçoive les germes de la piété ; la se- 
conde, qu'il s'adonne aux bel les -lettre s 
et s'en pénètre à fond ; la troisième, qu'il 
s'initie aux devoirs de la vie ; la qua- 
trième, qu'il s'habitue de bonne heure 
aux règles de la civilité. C'est cette der- 
nière partie que j'ai aujourd'hui choisie 
pour sujet; d'autres se sont occupés des 
trois premières et moi-même j'en ai traité 
maintes fois.) Quoique le savoir-vivre 
soit inné chez tout esprit bien réglé, ce- 
pendant, faute de préceptes formels, des 
hommes honnêtes et instruits en man- 
quent parfois, ce qui est regrettable. Je 
ne nie pas que la civilité ne soit la plus 
humble section de la Philosophie, mais 
(tels sont les jugements des mortels) elle 
suffit aujourd'hui à concilier la bien- 
veillance et à faire valoir des qualités 
plus sérieuses. 11 convient donc que 



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s LA CIVILITÉ pi;£rilb 

Homo sit compositus animo, corpore, 
gestibus, oû vestitu : sed in primis /merot 
decel omnis moSestia, et in hispracipue 
no^iles. pTO nobilibus autem habendi 
sunt omnes, qui siudiis liberalibus 
excolunt animum. Pingant alii in ely 
pets suis leones, aquilas, tauros, et ieo- 
pardos: plus kabent yerce nobilitatts, qui 
pro insignibus suis tôt possunt imagines 
dtpingere, quoi perdidicerunt artes li- 
bérales. 




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d'érasue 9 

l'homme règle son maintien, ses gestes, 
son vêtement aussi bien que son intelli- 
gence. La modestie, voilà ce qui con- 
vient surtout aux enfants, et principale- 
ment aux enfants nobles ; or, il faut ré- 
futer nobles tous ceux qui cultivent leur 
esprit par la pratique des belles-lettres. 
Que d'autres fassent peindre sur leurs 
écussons des lions, des aigles, des tau- 
reaux, des léopards : ceux-là possèdent 
plus de vraie noblesse, qui pourraient 
orner leurs armoiries d'autant d'emblË- 
mes qu'ils ont cultivé d'arts libéraux. 



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* civiutS puérile 



1T ergo bene compositus pueri 
animas undique reluceat (relu- 
cet autem potissimum in vultu), 
sint oculi placidi, verecundi, compositi : 
non torvi, quod est truculentiœ : non 
improbi, quod est impudentiœ : non vagi 
ac voiubiies, quod est insaniœ : non limi, 
quod est suspiciosorum et insidias mo- 
lientium : nec immodice diducti, quod 
est stolidorum : nec subinde conniventt- 
bus genis ac palpebris, quod esl incon- 
stantium : nec stupentes, quod est al- 
tonitorum : id quod in Sacrale esl nota- 
tum : nec nimiutn acres, quod est 
iracundiee signum : non innuentes ac 
loquaces, quod est impudicitice signum : 
sed animum sedatum ac reverenter atni- 



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DB LA DiCBNCfi ET DE l'iHDÉCBKCI 
DU MAINTIEN 

louR'que le bon naturel d'un en- 
n font se trahisse de toutes parts 
I [etilreluhsurtoutsurlevisage), 
que son regard soit doux, respectueux, 
honnête; des yeux farouches sont un in- 
dice de violence; des yeux fixes, signe 
d'effronterie ; des yeux errants et égarés, 
signe de folie ; qu'ils ne regardent pas de 
travers, ce qui estd'un sournois, de quel- 
qu'un qui médite une méchanceté ; qu'ils 
ne soient pas ouverts démesurément, ce 
qui est d'un imbécile ; abaisser les pau- 
pières et cligner des yeux, c'est un in- 
dice de légèreté; les tenir immobiles, 
c'est l'indice d'un esprit paresseux et l'on 
a repris cela chez Socrate ; des yeux per- 
dants marquent de l'irascibilité; trop 



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Il LA CIVIUTÉ PUÉRILE 

cum pra se /erentes. Nec enim temere 
dictum est a priscis sapienlibus, animi 
sedem esse in oculis. Piciura quidem 
veteres nobis loquuniur, olim singularis 
cujusdam modestiis fuisse, semiclusis 
oculis obtueri : quemadmodum apud 
Hispanos quûsdam setnipxtos in tuer i, 
blandum haberi videtur et a 
dem ex picluris discimus, olim 
tis strictisque labiis esse, probitatisfiùste 
argumentum. Sed quod stiapte tHttMi 
décorum est, apud omnes décorum habe- 
bitur. Quanquam in his quoque decet 
interdum nos fieri polypos, et ad regionis 
morem nosntet attemperare. Jam sunt 
quidam oculorum habitus, guos aliis altos 
addit natura, qui non cadunt sub nostras 
praceptiones, nisi quod incomposili ges- 
tus non raro vitiant non solum oculo- 
rum, verumetiam lotius corporis habi- 
tum ac formant. Contra compositi, quod 
natura décorum est, reddunt decentius : 
quod vitiosum est, si non ti^lunt, certe 
tegunt minuuntque. Indecorum est clauso 
oculorum altero quenquam obtueri. Qjtid 



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D'iRASME 1 3 

vift et trop éloquents, ils dénotent un 
tempérament lascif; il importe qu'ib 
reflètent un esprit calme et respectueu- 
sement affectueux. Ce n'est pas au ha- 
sard, en effet, qu'il a été dit par les an- 
ciens sages : l'âme a son siège dans le 
regard. Les vieilles peintures n<3us ap- 
prennent que c'était autrefois le signe 
d'une modestie singulière que de tenir 
sesyeux demi-clos; de mSme encore, 
chez les Espagnols, regarder quelqu'un en 
abaissant légèrement les paupières est une 
marque de politesse et d'amitié. Nous 
savons aussi, par les tableaux, que les 
lèvres jointes et serrées passaient jadis 
pour un indice de droiture. Ce qui est 
convenable en soi est convenable par- 
tout; cependant il nous faut bien en 
cela faire comme les poulpes et nous 
accommoder aux mœurs de chaque 
pays. Il y a donc, pour ce qui est du re- 
gard, certaines convenances qui ne tom- 
bent pas sous le coup de nos préceptes, 
mais en général toute mauvaise habitude 
déforme, non-seulement les yeux, mais 



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14 LA CIVILITÉ PUÉRILE 

eitim hoc aliud est, quant seipsum elu- 
scare? Eum gestum tHynm ac fabris 
relinquamus. 



Sinl exporrecta supercilia, non addu- 
cia, quod est torvitalis : non sublala in 
altum, quod est arrogantite : non in 
oculos depressa, quod est maie cogttan- 

Frons item hilaris et explanata, men- 
tem sibi bene consciam et ingenium li- 
bérale pra se ferens : non in rugas 
contracta, quod est senit : non mobilis, 
quod est herinaceorum : non torva, quod 
est taurorum. 



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d'£kasme 1 5 

le maintien et la beauté de tout le corps ; 
au contraire, des gestes réguliers et 
naturels donnent de la grâce ; ils n'en* 
lèvent pas les déikuts, tam ils les 
masquent et les atténuent. Il est indé- 
cent de regarder en ouvrant un œil et en 
fermant l'autre ; qu'est-ce, en effet, autre 
chose que se rendre borgne à plaisir? 
Laissons cela aux thons et à certains ar- 

Les sourcils doivent être étendus na- 
turellement et non pas froncés, ce qui 
est signe de méchanceté; ni relevés, ce 
qui indique de l'arrogance; ni abaissés 
sur les yeux, ce qui indique de mauvai- 
ses pensées. 

Que le front soit riant et uni, indice 
d'une bonne conscience et d'un esprit 



(]] Ce rapprochement âep Ihons et de certains 
artiiaiiB csl assez bliacre, Érasme fait sans doute 
allasiou aux menulaier», qui ferment un <elL ponr 
voir li la planche qu'ils ont rabotée eit droite. 
J.-B. dcLaSatlé, «limitant ce passaKe, a été prit 
d'un Elngolïer scrapule. Craignant de ridiculiser 
lean parenla aai tcui des enfles des écoles chré- 
tienne), pre*qae tous flii d'artlun*, il s'eat ïmiglaf 



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LA CIVILITÉ I>UéRtLE 



A naribus absit mucoris puruleatta, 
quod est sordidorum. Id vitium Socrati 
Philosopha datum est probro. Pileo aut 
veste emungi, rusticanum : brachio cu- 
bitove, salsamentarhrutn : née mulio 
civilius id manu fieri, si mox piluitam 
vesti illinas. Strophiolis accipere narium 
recrementa, décorum ; idque paulisper 
averso corpore, si qui adsint honoratio- 
res. Si quid in solum dejectum est 
emuncto duobus digitis naso, mox pede 
proterendum est. Indecorum est subinde 
cum sonitu spirare naribus : bilis id 
indicium est. Turpius etiam ducere ron- 
chos, quod est furiosorum, si modojiat 



de dire ; a Cest coniri faire le borgne, ce ^i 
appartient aux arbalétriers et aux harqucbujieri.t 
Quant à la pinicolarilé du thon fermant an ail 
pour mieux voir de l'aulre, Érasme l'a obserife 
daaa Atliénée et dans Aristote beaucoap plus que 
dani la nature. Mais l'hislaire aalurelle tHi long-' 
tempa écrite comiDe cela. 



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I>'éRASUE IJ 

ouvert; tout plissé de rides, c'est un si- 
gne de sénilité; mobile, il rappelle le 
hérisson; menaçant, il fait songer au 
taureau. 

Avoir la morve au nez, c'est le fait 
d'un homme malpropre; on a reproché 
ce défeut à Socrate le Philosophe. Se 
moucher avec son bonnet ou avec un 
pan de son habit est d'un paysan; sur 
le bras ou sur le coude, d'un marchand 
de salaisons. Il n'est pas beaucoup plus 
propre de se moucher dans sa main pour 
l'essuyer ensuite sur ses vêtements. Il est 
plus décent de se servir d'un mouchoir, 
en se détournant, s'il y a là quelque 
personne honorable. Si l'on se mouche 
avec deux doigts et qu'il tombe de la 
morve par terre, il faut poser le pied 
dessus. Il n'est pas convenable de souf- 
fler bruyamment par les narines, ce qui 
dénote un tempérament bilieux; encore 
moins de &ire entendre un ronflement, 
marque de violence, si cela est passé en 
habitude; c'est excusable chez les asth- 
matiques et chez ceux qui ont l'haleine 



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|8 LA CIVtLITÉ PUÉRILB 

usu. Nam spiritosis qui laboranl ortkop- 
nœa, danda est venta. Ridiculum, vo- 
cem naribus emittere : nam id camici- 
num est et elephantorum. Crispare 
Hosum irrisorum est et sanitiorum. 

Si aliis prxsenlibas incidat stemula- 
tio, civile est corpus avertere : mox ubi 
se remiserit impetus, signare os crucîs 
imagine : item sublato pileo resalutatts 
qui vel saiutarunt, vel salutare debue- 
raitl {nam sterrtutatio, quemadmodum 
oscitatio, sensum aurium prorsus au/ert), 
precari yeniam, aut agere grattas. Al- 
terum in sternulamento salutare, reli- 
giosum : et s! plures adsunt natu majo- 
res qui salutant virum aut feminam 
konorabilem, pueri est aperire caput. 
Porro vocis tinrtilum studio intendere, 
aut data opéra siernutamentum iterare, 
nimirum ad virium ostenlalionem, nu- 
gonum est, Reprimere sonitum quem 
natura fert, ineptorum est, qui plus tri- 
buunt civililati quam saluti. 

Malas tingal nativus et ingenuus pu- 



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d'Érasme 19 

courte. Il est ridicule de feire passer sa 
Toiz par te nez ; c'est bon pbur les joueurs 
de cornemuse et les éléphants; froncer 
le nez, c'est l'afFaîre des bouffons et des 
baladins. 

S'il arrive d'éternuer en présence de 
quelqu'un, il est honnête de se détour- 
ner un peu ; quand l'accès est passé, il 
faut faire le signe de la croix, puis sou- 
lever son chapeau pour rendre leur po- 
litesse aus personnes qui ont salué ou 
qui ont dû le faire (car le bâillement, 
comme l'éternumenij rend quelquefois 
l'ouïe moins fine), et s'excuser ou re- 
mercier. C'est chose religieuse de saluer 
celui qui éternue, et s'il y a là des gens 
plus âgés qui saluent quelque personne 
de mérite, homme ou femme, un enfant 
doit se découvrir. IL n'appartient qu'aux 
sots d'éternuer bruyamment et de re- 
commencer h plaisir, pour faire parade 
de leur vigueur. Réprimer un accès 
naturel est le fait de ces niais qui font 
passer la politesse avant la santé. 

Qu'une pudeur naturelle et ingénue 



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30 LA CIVIUTÉ PUÉRILE 

dor, non fucus aut adscitus color. 
Quamquam is quoque sic temperandus 
est, ut nec vertatur in improbitatem, nec 
adducat stuporem, et quartum (ut habet 
proverbium) insanice gradum. Quibus- 
iam enim hic affeclus tam impotent 
insitus est, ut reddat délirant! similU- 
mum. Temperatur hoc malum, si puer 
inter majores assuescat, et comœdiis 
agendis exerceatur. 



Infiare buccas fastùs tndicium est : 
easdem demittere, est animum despon- 
dentis; alterum est Tkrasonis, alterum 
Jud<e proditoris. 

Os nec prematur, quod est metuentis 
altertus halitum kaurire : nec kiel, quod 
est morionum, sed leniter osculantibus se 
mutuo labris conjunctum sit. Minus etiam 
décorum est,subinde porrectislabiisyeluti 
pappysmum facere : quanqtiam id ma~ \ 
gnatibus adultis per mediam turbam in- ' 
cedentibus condonandum est : illos enim . 
décent omnia; nos puerum formamus. ■ 



d'£rasmb 31 

colore tes joues; n'use ni de fard ni de 
vermillon. Cependant il ne faut pas 
pousser la timidité trop loin, de manière 
qu'elle dégénère en sottise, en stupi- 
dité, et, comme dit le proverbe, en 
quatrième degré de folie. Il est, en effet, 
des gens chez qui cette fâcheuse disposi- 
tion est si prononcée, qu''elle les fait res- 
sembler à des idiots. On peut la com- 
battre en habituant l'enfant à vivre avec 
de plus grands que lui et en l'eserçant 
à paraître dans des comédies. 

Enfler les joues est un signe d'arro- 
gance; les laisser pendre est montrer du 
désespoir; l'un est d'un Thrason, l'autre 
d'un traître Judas. 

Ne pince pas tes lèvres, comme si tu 
craignais de respirer l'haleine des au- 
tres ; ne te tiens pas, bouche béante, 
' comme un niais; quêtes lèvres soient 
seulement rapprochées de façon à se tou- 
cher légèrement l'une l'autre. Il n'est 
pas convenable d'avancer de temps à au- 
tre les lèvres pour lâire entendre une 
sorte de sifflement : laissons cette habi- 



"■oiCoo^lc 



Si fors urgent osciiatto, nec datur 
averti aut cedere; stropkio volave tega- 
tur os, mox imagine crueis obsignetur. 



Omnibus dietis aut factis arridere, 
stullorum est : nulUs arridere stupido- 
rum. Obsctme diclis aut factis arridere 
nequitia est. Cachinnus et immodicus 
ille totum corpus quatiens risus, quem 
ob id Grasci luvxpoiiaioï appellant, nulli 
decorus est œtati, nedum pueritiœ. De- 
decet autem quod quidam ridentes kin- 
nitum edunt. Indecorus et iîle qui oris 
rictum late diducit, corrugatis buccis, 
ac nudatis dentibus, qui caninus est, et 
sardonius dicîtur. Sic autem yultus 
hitaritalem exprimai, ut nec oris habi- 
lum dekonestet, nec animum dissolutum 
arguât. Stuitorum Hiœ voces sunt : 
Risu dij^uo, risu dissilio, rtsu emorior; 
et si qua res adeo ridicula inciderit, ut 



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U'éltASMG 23 

tude aux princes qui se promènent dans 
la foule. Tout sied aux princes ; c'est un 
enfant que nous voulons former. 

Si le bàillemeot le prend et que tu ne 
puisses ni te détourner ni te retirer, 
couvre-toi la bouche de ton mouchoir 
ou avec la paume de la main, puis Ëiis 
le signe de la croix. 

Rire de tout ce qui se fait ou se dit est 
d'un sot; ne rire de rien est d'un stu~ 
pide. Rire d'un mot ou d'un acte ob- 
scène marque un naturel vicieux, h'é- 
clat de rire, ce rire immodéré qui se- 
coue tout le corps et que les Grecs 
appelaient pour cela le secoueur, n'est 
bienséant à aucun fige, encore moins k 
l'enfence. Il y en a qui en riant semblent 
hennir, c'est indécent. Nous en dirons 
autant de ceux qui rient en ouvrant hor- 
riblement la bouche, en se plissant les 
joues et en découvrant toute la mâ- 
choire : c^est le rire d'un chien ou le rire 
sardontque. Le visage doit exprimer 
l'hilarité sans subir de déformation ni 
marquer un naturel corrompu. Ce sont 



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24 LA CIVILITÉ PUÉRILE 

noltntibus ejusmodi risum exprimat, 
mappa, manuve tegenda fades. Solum 
aut nullam evidentem oh causam ridere, 
vel slultitice Iribuitur, vei insanice. Si 
quid tamen ejusmodi fuerit obortum, 
àvilitatis erit aliis aperire rîsus cau- 
sam : aut si non putes pro/erendam 
commentitium aliquid adferre, ne quis 
se deriieri suspicetur. 



Superioribus dentibus labrum inferius 
premere, inurbanum est. Hic enim est 
minantis gestus quemadmodum et in/e- 
rioribus mordere superius. Quttt et 
labrorum aras, lingua circumvoluta su- 
binde lambere, ineptum. Porrectioribus 
esse labris, et velut ad osculum composi- 
tis olim apud Germanos fuisse hlandum, 
indicant illorum picturœ. Porrecta lin- 
gua deridere quenquam, scurrile est. 



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d'Érasme 2 5 

les sots qui disent : je me pâme de rire! 
je tombe de rire! je crève de rirel S'il 
survient quelque chose de si risible 
qu'on ne puisse se retenir d'éclater, il 
faut se couvrir le visage arec son mou- 
choir ou avec la main. Rire seul et sans 
cause apparente est attribué pir ceux qui 
vous voient à la sottise ou à la folie. Cela 
peut arriver pourtant ; la politesse or- 
donne alors qu'on déclare le sujet de 
son hilarité; dans le cas où l'on ne 
pourrait le faire, il faut imaginer quel- 
que prétexte, de peur que quelqu'un 
des assistants ne croie qu'on riait de 
lui. 

Il n'est pas de bon ton de mordre avec 
ses dents du haut la lèvre inférieure : 
c'est un geste de menace; comme de 
mordre la lèvre supérieure avec les dents 
du bas. Se pourlécher le bord des lèvres 
en allongeant la langue est tout à &it 
inepte. Avancer les lèvres comme pour 
un baiser passait jadis, en Allemagne, 
pour une fiiçon d'être agréable; les pein- 
tures en font foi. Se moquer de quel- 



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LA CIVILITÉ PUÉRILE 



Aversus expuito, ne quem conspuas 
aspergasve. Si quid purulentius iu ter- 
rain rejeclum eril, pede (ut dtxi) prote- 
ratur, ne cui nauseam moveat. Id si non 
licet, linteolo sputum excipito. 



Résorber e salivant inurbanum est; 
quemadmodum quosdam videmus non ex 
necessitate, sed ex usu, ad tertium quod- 
que verbum expuere. 

Quidam indecore subsiussiunt identi- 
dem inter loquendum, idque non ex 
necessitate, sed ex more : is gestus est 
mentientium, et inter dicendum quid 
dicant comminiscentium. Alii minus 
etiam décore ad terlium quodque verbum 
éructant : quas res si a teneris annis ab- 
ierit in consuetudinem, kttret etiam 
in grandiorem œtatem. Idem sentien- 
dum descreatu : quibus omnibus a servo 
notatur Terenlianus Clitipko, Si tussis 



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qu'un en lui tirant ta langue est d'un 
farceur. 

Détourne-toi pour cracher, de peur 
d'arroser et de salir quelqu'un. S'il 
tombe à terre quelque crachat épais, 
pose le pied dessus, comme j'ai dit plus 
haut : il ne faut faire lever le cœur à 
personne. Le mieux est de cracher dans 
son mouchoir. 

Il n'est pas bienséant de ravaler sa sa- 
live;, pas davantage, comme on voit cer- 
taines gens le faire, non par besoin, mais 
par habitude, de cracher dès la troisième 
parole qu'ils prononcent. 

D'autrestoussent comme cela, en vous 
parlant, sans nécessité aucune, mais par 
manie; c'est l'habitude des menteurs et 
de cens qui cherchent à se rappeler ce 
qu'ils doivent dire ; d'autres, non moins 
impolis, ne peuvent dire trois mots sans 
roter. Si ce défaut passe en habitude dès 
l'enfance, il persiste jusque dans l'âge 
mûr; il en est de même du crachement, 
Clitiphon, dans Térence, est repris de 
l'un et l'autre par son esclave. Si un ac- 



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l8 LA ClVlUri PUâtlLE 

urgeat, cave ne cui in os tussias, et ab- 
sit ineptia clarius lussiendi quam tiatura 
postulet. 

Vomiturus secede: nam vomere, turpe 
non est : sed ingluvie vomilum accer- 
sisse déforme est. 

Dentium mundiiies curanda est:verum ' 
eas pulvisculo candidare puellarum est ; 
sale aui alumine defricare, gingivœ 
perniciosum : idem loiio facere, Ibero- 
rum est. Si quid inhxsit dentibus, non 
cultelh, non unguibus, canum feliumve 
more, non mantili eximendum est : sed 
vel lentisci cuspide, vel penna, vel ossi- 
cuiis e gallorum aut gallinarum tibiis 
detractis. 



Os mane pura aqua proluere, et ur- 
baaumest, et saiubre : subinde id facere, 
ineptum. De lingual usu suo dicemus 
loco. 



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•^- 



d'£raiue 39 

ces de toux te prend, tâche de ne pas 
tousser dans la figure des autres ; garde- 
toî aussi de tousser plus fort qu'il n'est 
besoin. 

Si tu as envie de vomir, éloîgne-toi un 
peu : vomir n'est pas un crime. Ce qui 
est honteux, c'est de s'y prédisposer par 
sa gloutonnerie. 

Il feut avoir soin de se tenir les dents 
propres ; les blanchir à l'aide de poudres 
est tout à fait efTéminé; les frotter de 
sel ou d'alun est nuisible auï gencives; 
les laver avec de l'Urine est une mode 
Espagnole. S'il reste quelque chose en- 
tre les dents, il ne faut pas l'enlever avec 
la pointe d'un couteau, ni avec les on- 
gles, comme font les chiens et les chats, 
ni à l'aide de la serviette; sers-toi d'un 
brin de lentisque, d'une plume, ou de 
ces petits os qu'on retire de la patte des 
coqs et des poules. 

Se laver le visage, le matin, dans de 
t'eau fraîche, est aussi propre que salu- 
bre; le faire plus souvent est inutile^ 
Nous parlerons en temps et lieu de 



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l CIVILITÉ PUÉRILE 



Rusticanum est, impexo esse capite. 
Adsit mundities , non nitor puellarts. 
Absint sordes lendium et vermiculorum. 
Subinde scabere caput apud altos, pa- 
rum decet : quentadmodum unguibus 
reliquum fricare corpus sordidum est, 
prxsertim si fiât usu, non necessi- 
tate. 



Coma nec front em tegat, nec humeris 
ittvolitet. Subinde conçusse capite discu- 
tere capillitium, lascivientium est equo- 
ram. Cœsariem à fronte in verticent 
lava retorquere, parum elegans esl : 
manu discriminare, modesiius. 



Infleclere cervicem, et adducere sca- 
pulas, pigritiam arguit : resupinare cor- 
pus, fastus indicium est : molUter erec- 
tum decet. Cervîx nec in Iitvum, nec in 
dextrum vergat : kypocriticvm enim ; 



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C'ÉRASUB 3l 

la langue et de l'usage qu'on doit en 
faire. 

C'est de la négligence que de ne pas 
se peigner; mais, s'il fout être propre, il 
ne faut pas s'attifer comme une fille. 
Prends bien garde d'avoir des poux ou 
des lentes : c'est dégoûtant. S'éplucher 
continuellement la tête auprès de quel- 
qu'un n'est guËre convenable; il est éga- 
lement malpropre de se gratter avec les 
ongles le reste du corps, surtout si c'est 
par habitude et sans nécessité. 

Que les cheveux ne tombent pas sur le 
front, qu'ils ne flottent pas non plus 
jusque sur les épaules. Les relever en 
secouant la tète, c'est ressembler à un 
cheval qui secoue sa crinière ; les redres- 
ser à gauche, du front au sommet de la 
tête, est inélégant; il vaut mieux les sé- 
parer avec la main. 

Fléchir le cou et tendre le dos indi- 
quent de la paresse ; renverser le corps 
en arrière indique de l'orgueil ; il suffit 
de se tenir droit sans roideur. Que le 
cou ne penche ni à droite, ni à gauche, 



.iCoo^lc 



3z ■ LA CIVILrrf PUÉRILE 

Htsi eoUoquium, aut aliui simUe pos- 
tule!. 

Humeros oportet aqua libramine Um- 
pérore, non in morem antennarum al- 
terum attoUere, allerum deprimere. 
Nom hujusmodi gestus in pueris ne- 
glecli, vertuntur in naturam, et corporis 
haiitum prceter naturam déformant. Ita- 
que qui pr<e desidia collegerunt consue- 
tadinem inftectendi corpus, sibi gibbum 
conciliant, qxiem natura non dederat : et 
qui iefiexum in latus caput kabere con- 
sueverunt, in eutn kabitum indurescunt, 
ut adulti frustra mulare nitantur. Sîqui- 
dem tenera corpuscula plantulis similia 
Sunt, quee in quamcunque speciem furca 
funiculove deflexeris, ita crescunt, et in- 
durescunt. 



Utrumque brackium introrsum retor* 
quere sinuil et pigritite speciem habet et 
furoris : neque multo decentiusest, altéra 
manu in aliam injecta stare sedereve : 



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b'JRASUE 33 

à moins que les besoins d'un entretien 
ou tout autre motif n'y forcent; sinon, 
c'est l'allure de l'hypocrite. 

11 convient de maintenir ses ■ épaules 
dans un juste équilibre, de ne pas élever 
l'une pour abaisser l'autre, à ta façon des 
antennes. De tels dé&uts, négligés chez 
un enfont, se convertissent en habitudes 
et détruisent, en dépit de la nature, toute 
la symétrie du corps. Ainsi ceux qui par 
indolence ont pris le pli de se courber, 
s'octroient une bosse que la nature ne 
leur avait pas donnée ; ceux qui s'accou- 
tument & tenir la têie penchée s'endui* 
cissent dans cette mauvaise position, et, 
en grandissant, s'efforcent en vain de la 
rectifier. Les corps souples des enfants 
sont semblables à ces jeunes plantes que 
l'on courbe à l'aide de baguettes et de 
liens; elles croissent et gardent & jamais 
le pli qu'on leur a donné. 

Se croiser les bras en les entrelaçant 
l'un dans l'autre est l'altitude d'un pa- 
resseux ou de quelqu'un qui porte un 
défi; il n'est pas beaucoup plus conve- 



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Ï4 LA CIVILITÉ POâRILE 

guod tamen quibusdam elegans ac mili- 
tare vtdetur. At non statim honestum 
est quod stullis placuit, sed quod na- 
tunc et rationi consentaneum est, Reli- 
qva dicentur, quum ad coUoquium et 
convivium yentum erit. 



Membra quibus natura pudorem addt- 
dit, retegere citra necessitatem procul 
abesse débet ab indole libérait. Quin ubi 
nécessitas hue cogit : tamen id quoque 
décente verecundia faciendum est, etiamsi 
nemo testis adsil. Nunquam enim non ad- 
sunt angeli; quibus in pueris gratissimus 
est pudicitise cornes custosque pudor. 
Qforum autent conspectum oculissubdu- 
cere pudicum est, ea multo minus opor- 
let aliéna prabere contactui.^ 



Lotium remorari, valetudini petni- 



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d'Érasme 35 

nable de se tenir debout ou de s'asseoir 
une main posée sur l'autre. Quelques 
personnes pensent que cette attitude est 
élégante, qu'elle sent l'homme de guerre, 
mais tout ce qui plaît aux sots n'est pas 
nécessairement convenable ; la véritable 
convenance consiste à satisfaire la na- 
ture et ta raison. Nous reviendrons sur 
ce sujet quand nous en serons aux en- 
tretiens et aux repas. 

Il est indigne d'un homme bien élevé 
de découvrir sans besoin les parties du 
corps que la pudeur naturelle fait ca- 
cher. Lorsque la nécessité nous y force, 
il faut le faire avec une réserve dé- 
cente, quand même il n'y aurait aucyn 
témoin. Il n'y a pas d'endroit où ne 
soient les anges. Ce qui leur est le plus 
agréable, chez un en&nt, c'est la pu- 
deur, compagne et gardienne des bonnes 
mœurs. Si la décence ordonne de sous- 
traire ces parties aus regards des autres, 
encore moins doit-on y laisser porter la 
main. 

Retenir son urine est c 



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36 LA CIVILITE PUÉRILE 

cicsum : secrelo reidere verecundum. 

Diduclis genibus sedere aut divaricatis 
tibiis distortisve stare, Thrasonum est. 
Sedenti coeant genua, stanti pedes, aut 
certe modice dïducantur. Quidam hoc 
gestu sedent, ut alteram tibiam in altero 
genu suspendant : nonnulH siant decus- 
satim compositis tibiis, quorum alterum 
est anxiorum, alterum ineptorunt. 



Dextropede in îeeyum fémur injecta 
sedere, priscorum regum mos est, sed 
improbatus. Apud Italos quidam konorjs 
gratta pedem alterum altero prémuni, 
unique propemodum insistant tibia, ci- 
coniarum ritu : quod an pueros deceat, 
nescio. 

Itidem infiectendis genibus aliud apud 
alios decet, dedecetve. Quidam utrumqùe 
pariter inflectunt : idque rursus alii recta 



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d'érashe 37 

santé; il est bienséant de la rendre & 
l'écart. 

Etre assis tes genoux ouverts en com- 
pas et se tenir debout les jambes écar- 
quillées ou tout de travers, est d'un fan- 
fciron. Il faut s'asseoir les genoux rap- 
prochés, rester debout les jambes près 
l'une de l'autre, ou du moins avec peu 
d'intervalle. Quelques personnes s'as- 
seoient une jambe suspendue sur l'autre, 
d'autres se tiennent debout les jambes 
croisées en forme d'X; la première atti- 
tude est d'un homme inquiet ; la seconde, 
d'un imbécile. 

C'était la coutume des anciens rois de 
s'asseoir, le pied droit appuyé sur la 
cuisse gauche ; on y a trouvé à redire. 
En Italie, pour honorer quelqu'un, on 
pose l'un de ses pieds sur l'autre et l'on 
se tient debout sur une seule jambe, 
comme les cigognes. Cela convient-il aux 
enfants? Je n'en sais, ma foi, rien. 

De même, pour ce qui est de saluer en 
fléchissant les genoux, ce qui est conve- 
nable ici &it rire ailleurs. Quelquei- 



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38 LA aVILlli PUÉRILE 

corpore, alii nonnîhU incun'Mo. Surit qui 
hoc ceu muliebre rati, similiter erectb 
corpore primum dextrum incurvant ge- 
nu, mox sinistrum : quad apud Britan- 
tios iti adolescentibus laudi datur. Galli 
modulato corporis circumaciu dextrum' 
duntaxat infiectunt. In his in quitus va- 
rietas nihil habet cwn honesto pugnans, 
liberum erit vel vernaculis uti moribus, 
vel alienis obsecundare, quandosunlquos 
magis captant peregritta. 



Incessus, necfractus sit, necpraceps : 
quorum alterum est mollium, alterum 
furiosorum : nec vacillansi Nam ineptam 
in incessu subclaudicaîiottem Suiceris 
tnilitibus reîinquamus, et iis qui ma- 
gnum omameutum ducunt in pileo ges- 
tare plumas. Tametsi videmut nonmillos 
magnâtes hoc geslu sibi placer e. 



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d'Erasme 39 

uns plient en même temps les deux ge- 
noux, tout en conservant le corps droit; 
d'autres, en se courbant un peu. 11 en 
est qui estiment que Séchir les deux 
genoux ensemble c'est bon pour les 
femmes et qui, se tenant roides, plient 
d'abord le genou droit, puis le genou 
gauche; en Angleterre, on trouve cela 
gracieux chez tes jeunes gens. Les Fran- 
çais plient seulement le. genou droit, 
en faisant un demi-tour de corps, avec 
aisance. Lorsque les usages, dans leur di- 
versité, n'ont rien qui répugne à la dé- 
cence, on est libre d'user de la mode de 
son pays ou de prendre celle des autres 
nations; les façons étrangères plaisent 
généralement davantage. 

Que le pas ne soit ni trop lent ni 
trop pressé ; l'un est d'un indolent, l'au- 
tre d'un écervelé. Il faut aussi éviter le 
balancement, car il n'y a rien de désa- 
. gréable comme cette espèce de claudi- 
cation.. Laissons cela aux soldats Suisses 
et à ceux qui sont tout fiers de porter des 
plumes k leur chapeau. Cependant nous 



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LA CIVIUTJ PuiRILE 



Sedentem pedibus ludere, slullorum 
est : quemadmodum et manibus gesticu- 
lari parum intégrer mentis indicium est. 




.iCoo^lc 



s'éRASUE 41 

voyons des courtisans affecter cette dé- 
marche. 

Jouer avec ses pieds, étant assis, est le 
&it d'un sot; gesticuler des mains est le 
signe d'une raison qui n'est pas intacte. 




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LA CIVILITE PD^RILB 



CAPUT II 
DE CULTU CORPORIS 

■n summa dictum est de cor- 
J pore, nunc de cultu paucis ; 
quod vestis quodammodo 
corporis corpus est, et ex hac guo- 
que liceat habttum anititi conjicere. 
Qua'iiuam hic certus prtescribi modus 
nonpotest, eo quod non omnium par est 
vel fortuna, yel dignitas, tue apud omîtes 
nationes eadem décora sunt aut indecora, 
posiremo, nec omnibus saculis eadem 
placent dispUcentve. 

Unde quemadmodum in àiiis mulUs, 
ita hic quoque nonnihil tribuendum est, 
juxta proverbium, ii^ lal /lipa atque 
etiam xaipA, cui servire jubent sapientes. 
Est tamen in htsce varietatibus, quod 
per ie sit honeslum aut secus, velut illa 



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CHAPITRE !I 
DU vItement 

i avons parlé sommairement 

Idu corps, disons un mot da 
vêtement ; le vêtement est, 
en quelque sorte, le corps du corps, 
et il donne une idée des dispositions 
de l'esprit. Cependant, on ne peut l'as- 
sujettir à des règles fixes, puisque tout 
le monde n'a pas même richesse, même 
rang; que ce qui est convenable ou non 
diffère suivant les pays ; enfin que les goûts 
n'ont pas toujours été les mêmes dans 
tous les temps. 

Ainsi qu'en beaucoup d'autres dioses, 
il faut ici s'accommoder, comme dit le 
proverbe, à la coutume et au pays ; j'a- 
joute : au temps, que les sages mêmes 
ordonnent de respecter. Dans toute cette 
diversité, il y a cependant ce qui est 



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44 ï^ CIVILITÉ PUiRILE 

qtue nuUum habet usum, eut paratur ves- 
tis? ProUxas trahere caudas, infœmi- 
nis ridelur, in viris improbaïur :an Car- 
dinales et Episcopos deceat, alUs asti' 
mandum relinquo. Multitia nunquam non 
probro data surtl tum viris, tumfaminis : 
quandoquidem hic est alterius veslis 
usus, ut ea légat qua impudice ostendun- 
turoculis hominum. Olim habebatur pa- 
rutn virile discinclum esse : nunc idem 
nemini viiio vertitur, quod indusiis, su- 
buculis, et caligis reperlis legantur pu- 
denda, eliam si diffiuat lunica. AUoquî 
vestis brevior quant ut inclinatî tegat 
partes quitus debetur honos, rtusquam 
non inhonesia est. Dissecare vestem, 
amentium est : picturatis ac versicolori- 
bus uti, moriotium est ac simiorum. Ergo 
pro modo facultatum , ac dignilalis , 
proque régions et wtore adsit cultui miM- 
dities, nec sardibus notabilts, nec luxum 
aut lasàviam aut fastum prie seferens. 
Neglectior cuitus decet adolescentes, sed 
citra immutditiam. 



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n'âusuK 4^ 

convenable en soi et ce qui ne l'est pas; 
à quoi bon, par exemple, un ajustement 
qui n'est d'aucune utilité? On rit des 
femmes qui traînent de longues queues 
de robe ; on désapprouve les hommes 
qui les imitent. Cela sied-il bien aux 
Cardinaux, aux Évoques } Que d'autres 
que moi en décident. Les l^ers tissus 
de soie ne font estimer ni les hommes ni 
les femmes qui tes portent ; on est obligé 
de les doubler d'un autre vêtement pour 
cacher ce qui sans cela serait impudi- 
quement découvert. Jadis il était imputé 
peu viril de ne pas porter de ceinture ; 
on n'en &it plus un reproche à personne 
maintenant que l'usage des chemises, 
des calerons et des chausses met à l'abri 
des regards les parties naturelles, quand 
même le vêtement de dessus s'écarterait. 
Au surplus, l'habit qui est trop court 
pour cacher, si l'on se baisse, ce que l'on 
doit honnêtement cacher, n'est bienséant 
en aucun pays. Déchirer ses vêtements est 
lefeit d'un fou; porter des habits bario- 
lés et d^ toutes sortes de couleurs, c'est 



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LA CIVILITE PuiRILE 



Indecore quidam ùtterularum se tuni- 
earum oras aspergine lotii pingunt, aut 
sinum brackialiaque indecora uctorio in- 
crustant, non gypso, led aarium et oris 
pituita. Sunt quitus vestis in alterum la- 
tus de/luit, aliis in tergutn ad renés 
usque : nec desunt quibus hoc videatur 
elegans. Ut totum corporis habitum et 
ntundum et compasitum esse decet, ita 
decet illum eorpori congruere. Si quid 
elegantioris cultus dedere parentes, nec 
te ipsum reflexis oculis contemplere, nec 
gaudio gestias, alUsque ostentes. Nam 
ahentm simiarum, alterum pavonum. 
Mirentar aKi, . tu te bote adtum- esse 



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vouloir ressembler aux baladins et aux 
anges. Suivant ses moyens et son rang, 
selon le pays et la coutume, on doit tenir 
â la propreté du vêtement; il ne faut se 
&ire remarquer ni par le débraillé, ni par 
une élégance indiquant le faste et la mol- 
lesse. Un peu de négligence dans l'ajuste* 
ment nemessied pasà la jeunesse, mais 
il neiaut pas pousser celajusqu'à la mat 
propreté. 

Il y a des gens qui barbouillent de 
gouttes d'urine les bords de leurs 
chausses et de leur pourpoint oU qui 
portent sur leur jabot, sur leurs man- 
ches, de sales incrustations, non de 
plâtre, mais de morve ou de crachats./ 
Il en est dont le manteau tombe tou^ 
d'un côté ; d'autres qui le laissent flotter 
en arriére jusqu'au bas des reins, et cela 
passe, aux yeux de certaines gens, pour 
de l'élégance. Comme c'est chose bien- 
séante que les vêtements soient propres 
et soignés, de même faut-il qu'ils aillent 
bien. Si tes parents t'ont donné des ha- 
bits élégontSj ne tourne pas les yeux 



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4S LA CITILIT£ FDdRILE 

nescias. Quo major estfortuna, hoc est 
amabilior modestia. Tenmoribus in con- 
ditionis solatium concedendum est ut mo- 
derate sibi placeattt, At dives ostentata 
splendorem amictus, alii^ue suam ex- 
probrat mlseriam, sibiqtte confiât invi- 
diam. 



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d'£rasue 



49 



sur toi pour te contempler, ne gesticule 

pas de joie, ne t'offre pas complaisam- 
ment aux regards de tous. Ce serait 
Toulotr ressembler au singe ou au paon. 
Laisse les autres te regarder et ignore 
tol-mëme si tu es bien mis. Plus grande 
est la fortune, plus aimable est la mo- 



destie. Laisse au moi 
â ceux qui sont moi 
la fortune, de pouvoi 



ilation 

.ns bien partagés de 

se considérer eux- 



mêmes sans trop de déplaisir. Les riches 
qui étalent le fosle de leurs vêtements 
semblent reprocher aux autres leur in- 
digence et éveillent l'envie. 



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LA CITIUri POilULB 



DE MORIBUS IN TEHPLO 

IuoTias fores templi praleris,, 
nudato caput : ac modicefiexis 
genibus, et ad sacra verso 
vtiltu, Christum divosque salutaio. Idem 
alias faciendum, sive in urbe, sîve 
in agris, guoties occurrit imago cru- 
els. Per adetn sacram ne traniieris, 
nisi simili religione saliem brevi pre- 
catiuncula Christum appelles, idque 
retecto capite, et utroque genu fiexo. 
Quum sacra peraguntur, lotum corporis 
habitum ad religionem decet componere. 
Cogita illic preesentem Christum cum 
innumeris Angelorum tnillibus- El si 
quis regem kominem allocuturus dr- 
cumsianle procerum corona nec caput 
aperiat, nec genu flectat; non jam pro 
rustico, sed pro insano haberetur ab 



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CHAPITRE m 



louTES les fois que tu fivnchis 
"1 le seuil d'une ^lise, découvre- 
I toi et, fléchissant légèrement 
les genoux, le visage tourné vers 
l'autel, salue le Christ et les Saints. 
Il foift &ire la même chose partout, à la 
ville comme aux champs, toutes les fois 
qu'on rencontre le symbole de la croix. 
Ne traverse jamais le lieu saint sans faire 
acte de dévotion, tout au moins une 
petite prière ; et cela, la tête nue, à ge- 
noux. Si l'on dit la messe, manifeste ton 
recueillement par tout ton maintien. 
Pense que le Christ est présent, lui et 
d'innombrables légions d'Anges. Si, pre- 
nant la parole au milieu d'un cercle de 
courtisans, devant un roi, qui n'est 
qu'un homme, on négligeait de se dé- 



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5l LA CIVILITÉ PtrtfRII-K 

omnibus : quale est illic opertum habere 
caput , erecta genua, ubi adest rex ilte 
regum immortalis, et immortalitatis lar~ 
gitor , ubi venerabunii circumsiaia 
tetherei spirilut? Nec re/ert si eos non 
vides, vident illi le. Nec minus certum est . 
illos adesse, quam si yideres eos ocutis 
corporeis. Certius enim cemunt oculi 
fidei, quam oculi camis. Indecenlius 
eliam est, quod quidam in templis obam- 
buîant, et Peripateticos agunt. Atqui 
deambulationibus porticus et fora comv- 
niunt, non templa, qua sacris condoni- 
bus, mysteriis, ac deprecationi dicata 
sunt. 



Ad concionanlem speetent oculi, hue al- 
tentœstnt aures, hue inhiet animus omitî 
eum reverentia, ^uasi non kominem au- 
dias, sed Deum per os hominis tibi lo- 
quenlem. 



"■oiCoo^lc 



d'érasmb 53 

couvrir, de fl&hir le genou, on passerait 
non-seulement pour un malappris, mais 
pour un insensé ; que serait-ce donc de 
garder sa tête couverte , de ne pas plier 
les genoux dans le temple où réside l'é- 
ternel Roi des Rois, le dispensateur de 
l'éternité, en présence des Anges invisi- 
bles ? Qu'importe que tu ne les voies pas? 
ils te voient, eux. Il est aussi certain qu'ils 
sont là que si tu les distinguais avec les 
7eux du corps ; les yeux de la foi sont plus 
sQrs que les yeux de la chair! Il n'est 
pas convenable de se promener dans les 
églises comme des Péripatéticiens ; les 
galeries, les places publiques sont des 
lieux de promenade, et non les églises, 
consacrées à la prédication, aux mys- 
tères, à la prière. 

• Tourne les yeux vers le prédicateur ; 

-que tes ordlles soient attentives; que 
toute ton intelligence s'attache respec- 
tueusement à ce qu'il dit. Ce n'est pas 
un homme que tu entends, c'est Dieu 
liii-mémequi teparle par la bouche d'un 



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54 lA CITII.ITÉ PDiRILE 

Quum reeitatur Evangelimtt, assurge : 
et si pûtes, ausculta religiose. 

Quum in symboio canitur, kt homo 
FACTus BST, in genua procumbe, vel hoe 
pacto te submittens in iUius honorent 
qui semet pro tua salute, quum esset 
supra omnes cœlos, demisit in terras : 
quum esset Deus, dignatus est homo fierij' 
ut te faceret Deum. 

Dum peragiintur mysteria, toto cor- 
pore ad religionem composito, ad ai- 
tare versa sit /actes, ad Ckristum ani- 
mus. 

Altero gtnu terram contingere, ereeto 
altero cui Ixmis innitatur cubitus, ges- 
tus est impiorum militum, qui Domino 
Jesu illudentes dicebant, Ave, rex Ju- 
dieanim. Tu demitle utrumque, reliquo * 
eiiam corpore nonnikil refiexo ad vene- 
rationem. 

Reliquo tempore aut iegatur aliquid e 
libello, sive precularum, sive doctrinal 
salutaris; aut mens cceleste quippiam 
mediletur. Eo tempore nugas obgatmire 



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d'Érasme 55 

Lorsqu'on Ut l'Évangile, live-toi, et, 
s'il est possible d'entendre, écoute reli- 
gieusement. 

Lorsque, dans le Symbole, on chante: 
BT Bouo FACTus EST, tombe à genoux, 
humilie-toi en l'honneur de Celui qui, 
pour ton salut, lui qui résidait au delà 
des deux , est descendu sur la terre, 
et, Dieu, a daigné se&ire homme, pour 
te kire Dieu toi-même. 

Tant qu'on dit la Messe, montre ta 
dévotion par ton attitude, que ton visage 
soit tourné vers l'autel, ton esprit vers 
le Christ. 

Toucher la terre d'un seul genou, 
l'autre restant élevé pour servir d'appui 
au coude gauche , c'est l'attitude de ces 
soldats impies qui tournèrent le Seigneur 
• Jésus en dérision et lui dirent : Salut, 
roi des Juifs. Mets-toi à deux genoux, 
le haut du corps incliné, par respect. 

Le reste du temps, lis quelque chose 
dans ton livre de messe, soit une prière, 
soit une pieuse admonestation, ou bien 
adresse à Dieu une oraison mentale. Mur- 



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56 



LA aVILlT£ PUÊfllLK 



ad aurem vicini, eontm est qui non cre- 
dimt illk adesse Christum. Hue illuc 
circum/erre vagos oculos, amentium. 
Exislima le frustra templum adiisse, 
nisi inde meltor discesserts, puriorque. 




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d'érasue 57 

murer alors desriensà l'oreille d'un voiûn 
est le fait de ceux qui ne croient pas h la 
présence du Christ. Porter çà et là des 
regards errants, c'est marquer de l'insa- 
nité. Pense bien qu'il est inutile de ve- 
nir â l'église si tu n'en sors meilleur et 
plus pur. 




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LA CIYILTrt l-tiRILK 



CAPUTIV 

DE COMVIVIIS j 

* conviviis adsit kilaritas, absit , 

Ipetulantia. Non nisi lotus, ae~ 
cumbe : aed ante prasectis 
bnguibus, ne quid in his luereat sor- 
dium, dicarisque funoxdviiuXDv, ac priùs 
clam reddito lotio, aut sires itapostuîel, 
exonerata eltam alvo : et si forte stri- 
ctius cinctum esse contingat, aliquantu- 
lum relaxare vinculum consuUum est, 
quod in accubitu parum décore jiat. 



Abslergens manus, sit/tut abjice quic- 
quid animo eegre est. Nom in convivio 
nec tristem esse decet, nec contristare 
quenquam, 

Jussus consecrare mensam, vultum M 
manus ad religionem componito, spe- 



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CHAPITRE IV 

DBS REPAS 

A gaîté est de mise, k table, mais 

Inon l'effronterie. Ne t'asseois 
pas sans t'étre lavé les mains; 
nettoie avec soin tes ongles, de peur qu'il 
n'y reste quelque ordure et qu'on ne te 
surnomme aux doigls sales. Aie soin de 
lâcher auparavant ton urine, à l'écart, 
et, si besoin est, de te soulager le 
ventre. Si par hasard tu te trouves 
trop serré, il est à propos de relâcher ta 
ceinture, ce qui serait peu convenable 
une fois assis. 

En essuyant tes mains, chasse aussi de 
ton esprit toute idée chagrine ; dans un 
repas, il ne &ut ni paraître triste ni 
attrister personne. 

** Si l'on te demande de dire le Bénédi- 
cité, prends une contenance pleine de 



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6o L4 crriuTÉ puiiuLK 

ctans aut convivii primarîum aut si fors 
adest, imaginem Christi : ad nomen 
Jesu, matrisque virginis, utrumque fitc- 
tens genu. Hocmunerissicui alieridele- 
gatum/uerit, pari religione tum auscul- 
tato, tum respondelo. 



Sedis honorem alleri libenter cède : et 
ad hanoratiorem locum invitatus, comi- 
ter excusa : si tamen id crebro serioque 
jubeal aiiquis authoritate praditus,vere' 
cunde obtempéra, ne videare pro cmli 
preefra^us. 



Accumhens, utramque manum super, 
mensam habe, non conjunctim, nec in 
quadra. Quidam enim indecorevelunam, 
vel ambas habent in gremio. 

Cubito vel ulroque vel allero mnift 
mensa, senio morbove lassis condonatuT: 
idem in delieatis quibusdam aulicis, qui 



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d'érauib 7? 

Même, si ce morceau est très-déli- 
cat, il vaut mieux le laisser & un autre 
et prendre celui d'à-côté. Si c'est le 
fÉtit d'un gourmand de fouiller par tout 
le plat, il est aussi peu convenable de 
: pour choisir les bons rnor- 



L'enfant k qui l'on offre d'un me» 
plus recherché doit remercier poliment, 
et accepter; mais, après en avoir coupé 
tue petite portion, qu'il rende le reste à 
.celui qui lui présente le plat, ou qu'il le 
&sse passer à son voisin. Il Ëiut recevoir 
sur Bon assiette ce que l'on ne peut 
prendre avec ses doigts. Si l'on t'offre 
quelque morceau de gSteau ou de pâté, 
prends-le avec la cuiller, pose-le sur 
ton assiette, et rends la cuiller; si ce. 
mets est liquide, goûte-le et rends la 
cuiller, après l'avoir essuyée avec W scr- 

Lécher ses doigts gras ou les essuyer 
sur ses habits est également inconvenant; 
iL^BUt mieux se servir de la nappe ou de 
sa serviette. 



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74 L» avILITf PUÉRILE 

Intégras botos suhiia deglutire, cicO' 
niarum est, ac balatronum. 



Si quid ab àlio fuerit resectum, inci- 
vile est manum quadramve porrigere, 
prittsquam Ulestructorofferat, nevideare 
prteripere qvod alteri paratum erat. 
Quod porrigilur, oui tribus digitis, aut 
parrecta quadra excipiendum. Si quod 
offerlur, non congruil tua stomacho, 
cave ne dixeris iUud comiei Clitiphoms, 
Non possum, pater, sed blonde agita 
graiias. Est enim hoc urbanissimum 
rectisandi genus. Si persiat imntator, 
verecunde dieilo, aut non comwiire Itbi, 
aut nikil amplius requirere. 



Discenda est a primia statim annis 
secandi ratio non superstitiasa , quad 
quidam fadunt, sed civilis et commoda. 
Aliter enim inciditur armus, aliter coxa, 
aliter cervix, aliter crates : aliter capus, 
aliter phasianus : aliter perdlx, aliter 
anas : quà de re singitlatim pracipere. 



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d'érasub 75 

S'ingurgiter, d'un coup, de gros mop- 
ceaux, c'est le fait des cigognes ou des 
goinfres. 

Lorsqu'un morceau vient d'être dé- 
coupé, il est incivil de tendre la main ou 
l'assiette avant que celui qui a rempli 
cet office ne t'en offre, de peur de pa- 
raître t'arrogerce qui était destiné à ijn 
autre. Prends avec trois doigts ce qui 
t'est offert ou tends ton assiette pour le 
recevoir. Si le mets ne convient pas à 
ton estomac, ne t'avise pas de dire, comme 
le Clitiphon de la comédie : Je n'en veux 
pas, mon père; remercie en souriant : 
c'est la manière la plus polie de refuser. 
Si l'on insiste, dis que le mets ne te con- 
vient pas ou que tu n'as plus besoin de 

Il est bon que, dès leur jeune âge, les 
enfants apprennent à découper, sans y 
mettre de la prétention, comme certai- 
nes personnes, mais aisément et propre- 
ment. L'épaule ne se découpe pas comme 
le gigot, le collier comme la côte; le cha- 
pon, le âiisan, la perdrix, le canard se 



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76 la' civiut* puérile 

Mt prolixum sit, ita ntc opertt prettum. 
Hlud in universum tradi poteat, Apicio- 
rum esse, omnî ex parte, quidguid pa- 
laio Handitur, abradere. 



Abs te semesa alterî porrigere, panim 
honejii moris est. 

Panem pvarosum, iUrum in jus im- 
mergere rusticanum est : sicuC et eibutn 
mansum faucibus eximere, et iti quadrant 
ponere, iaelegans est. Nam si quid 
forte sumptum est quod degltttiri non 
exptdit, dam aversus aliquo proji- 
eiat. 

Cibum ambesum, aut ossa semel tn 
quadrant seposita repetere, vitio da~ 
tur. 

Ossa, aut si quid sintOe reliquum est, 
ne sut mensam abjeceris, pavimentum 
conspurcans, net in wtensie straguiam 
projiee, nec in patinam repone; sed in 
■ quadrte angulum sepone, aut in discum 



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DteAsuE 77 

découpent d'autant de feçons différentes. 
Il serait trop long d'en donner les règles 
par le menu, et cela n'en vaut pas la 
peine. On peut se borner à dire, en ma- 
nière de résumé, que c'est affaire aux 
imitateurs d'Apicius de détacher de tous 
côtés seulement les bons morceaux. 

Cest chose peu convenable que d'offrir 
à un autre un morceau dont on a déjà 
mangé. Tremper dans la sauce du pain 
qu'on a mordu est grossier; de même, il 
est malpropre de ramener du fond de la 
gorge des aliments à demi mâchés et les 
remettre sur son assiette. S'il arrive que 
l'on ait dans la bouche un morceau que 
l'on ne puisse pas avaler, on se détourne 
adroitement et on le rejette. 

Il ne faut pas non plus reprendre sur 
son assiette des viandes à demi mangées 
ou les os que l'on avait mis à l'écart. 

Ne jette pas sous la table les os ou tous 
autres restes, de peur de salir le plancher; 
ne les dépose pas non plus sur la nappe 
ou dans le plat, mais garde-les dans un 
ccMO de ton assiette ou place-les sur le 



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78 LA CIVILITÉ PUÉRILE 

qui apud nomullos reliquiis excipiendis 
apponitur, 

Canibus alienisde mensa porrtgere ci- 
bum ineptùe tribuitur : inepttus est iUos 
'a contrectare. 



Ovi putamen digîtorum unguibus aut 
pollice repurgare, ridiculum est; idem 
inserta lingua facere, magis etiam ridi- 
culum : cultello idjit decentius. 

Ossa dentibus arrodere, eanimtm est : 
cultello purgare, civile. 

Très dlgiti salino impresii, vulgari 
joco dicuntur agrestium insignia. Cul- 
tello sumendum est salis quantum salis 
est. Si longius abest saHnum, parrecta 
quadra petendutn est. 

Quadram aut patinam cui saccha- 
rum aut aliud suave quiddam adktesit, 
lingua lambere, fetium est, non homi- 

Carnem prius minutim in quadra 
dissecet, mox addito pane simul ait- 



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DÉRASUE 79 

plateau que, chez beaucoup de gens, ou 
dispose exprès pour les recevoir. 

11 est déplacé de prendre de la viande 
dans les plats pour la donner aux chiens 
des autres; encore plus de les caresser 
pendant le repas. 

Il est ridicule de décacher le blanc 
d'œuf d'après la coquille avec ses ongles 
.ou à l'aide du pouce ; plus ridicule en- 
core de se servir de sa langue. Cela se 
^feit avec la pointe du couteau. 

On ne ronge pas les os avec ses dents, 
comme un chien; on les dépouille k 
l'aide du couteau. 

Trois doigts imprimés dans la salière 
sont, comme on dit, les armes parlantes 
des vilains. On doit prendre le sel avec - 
son couteau; s'il est pfacé trop loin, on 
en demande en tendant son assiette. 

Lécher à coups de langue le sucre ou 
toute autre friandise restée attachée à 
l'assiette ou au plat, c'est agir en chat, 

/on en homme. 
Après avoir coupé la viuide dans son . ' 
assiette, par petits^ morceaux, on la m^ 



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80 LA CIVIUTi PUÉRILE 

guaniiu mandat, primquam trajidat itt 
Stomachum. Id non solum ad bonot 
mores, verumetiam ad bonam vatetu- 
dinem pertinel. Quidam dévorant vertus 
quam edunt, non aliter quam -mox (ut 
aiunt) abducendi in carcerem. LatroHum 
est ea tubureinatio. Quidam tantum 
timul in os ingerunt ut utrinque ceu 
folles tumeamt bucca. Alii mandatdo, 
diductu labiorum sonitum edunt por- 
eorum in morem. NannuUi vorandi 
studio spiroMt etiam naribus, quasi 
prmfocandi. Ore pleno vel btbere ytl 
loqui, nec koneslum est, nec tutum. 



Vicissitudo fabularum intervalUs di- 
rimat perpeluum esum. Quidam cttra 
intermissionem edunt bibuntve, non quod 
esuriant sitiantve, sed quod alioqui 
gestus moderari non possunt, nisi aul 
scabant caput, aut scalpant dentés, aut 
gesticulentur rttanibus, aut ludant cul- 
tello, aut tussiant, aut screent, aut ex- 
fuaai. Ea res a rutiteo pudf»v pro/ecta 



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D'iRAsUE 8t 

che avec une bouchée de pain avant de 
l'avaler. Cen'est pas seuiament affaire te 
bon ton, c'est excellent pour la santé. Il 
y ea a qui dévorent, plutôt qu'ils ne 
mangent, comme des gens que l'on va 
mettre en prison tout h l'heure; les 
filous mangent de la sorte ce qu'ils ont 
volé. D'autres eogloutissent d'une seule 
fois de si gros morceaux, qu'ils s'enfluit 
les )oues comme des soufflets; d'autres, 
es mâchant, ouvrent tellement la bou- 
che, qu'ils grognent comme des porcs. 
D'autres mettent tant d'ardeur&dévorer, 
qu'ils soufflent des narines, en gens qui 
vont suffoquer. Boire ou parler la bou- 
che pleine est incivil et dangereux. 

Il est bon qu'une conversation variée 
mette quelques intervalles dans la con- 
tinuité du repas. Nombre de gens boi- 
vent et mangent sans reprendre haleine, 
non qu'ils aient &im ou soif, mais parce 
qu'ils ne peuvent rester sans rien faire ; 
il &ut qu'ils se grattent la tète, qu'ils se 
curent les dents, qu'ils gesticulent des 
mains, qu'ils brandissent leur couteau, 



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8l LA CIVILITÉ PUÉRILE 

iMHtnif/foiR imtania apeciem habet. Aua- 
cultmdis aliorum sermmibus falUniutn 
est koc ttedii, si «on datur opportwtitas 
loquendi. 



Incivile est, eogilabuttdum in metisa 
accumbere. Quasdant autetn videos adeo 
Stupenles, ut nec audiant quid ab aliis 
dicatur, nec se comedere sentiant : et si 
nominatim appelles, velut e somno ex- 
eitaii yideantur. Adeo lotus animus est 
in patinis. 



Inurbanum est, oculis circumactis ob- 
servare quid quisque comedat : nec decei 
in quemquam convivarum'diulius inten- 
tas habere oculos : inurbanum etiam, 
iransversim hirquis intaeri, qui in eodem 
accumbunt latere : inurbanissintum re- 
■ torto in lergum capite contemplari quid 
rerum geratur in altéra mensa. 

Effutire si quid liberius inter pocula 



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d'érashb 83 

qu'ils toussenc, qu'ils reniflent, qu'ils 
crachent. Tout cela procède d'un embar- 
ras niais et donne l'air d'une espèce de 
fou. Il &ut passer le tamps à écouter ce 
que disent les autres, si l'on n'a pas l'oc- 
casion de prendre la parole.^ 

Il est impoli de s'asseoir î table pour 
se livrer à ses réflexions. On en voit de 
si profondément concentrés en eux-m&- 
mes, qu'ils n'entendentriendecequedi> 
sent les autres et ne s'aperçoivent pas 
mf me qu'ils mangent ; si on les appelle 
par leur nom, ils semblent sortir d'un 
rêve. Toute leur attention est absorbée 
par les plats. 

Il est impoli de tourner tes yeux tout 
autour de soi pour observer ce que cha- 
cun mange ; il ne convient pas davantage 
de fixer obstinément un des convives 
ou de regarder son voisin du coin de 
l'œil; il est tout h fait indélicat de tour- 
ner la tête en arrière par-dessus l'épaule 
pour voir ce qui se passe à une autre 
table. 

Rapporter ce qui s'est dit ou fait d'un 



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84 LA cnnuTt njïRiLs 

dietwn faciumve stt, tiulli décorum est, 

rudum puero. 

Puer eum ndtu ttiajoribus acCumbeHS, 
nunquam loquatur nisiautcogat nécessi- 
tas, aut abs quopiam iavitelur. 

Lepide dietis modice arrideat : ob- 
seœne dietis ne quattda arrideat : sed nec 
frontem contrakat, si prteceUit dignitate 
qui dveit : sed ita vultus habitnm tempe- 
rtt, ut aut non audisse, oui certe non in- 
tellexiste videaiur. 



Mutieres ornât sHentium, sed magîs 
pueritiam. Quidam respondeni prius- 
quam orationem finierit qui compellat; 
ita sape fit ut aliéna respondens sit ri- 
sui, detque veteri locum proverbio : &^Mi 
itërfoui. Docetkoc rex ille sapientissimua, 
stultiti^e tribuens respondere priusquam 
amdias ; non audit autem, qui non intel- 
léxit. Si minus intellexit perùonlantem, 
paulisper obticescat , donec ÎUe quod 
dixit, sponte répétât. Id si non fuit, eed 



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d'Erasme 6i 

recueillement, autant des mains que du 
visage; tourne-toi vers le personnage le 
plus respectable de l'assistance, ou vers 
l'image du Christ, si par hasard il y en 
a une; arrivé au nom de Jésus et de la 
Viei^e, sa mère, fléchis les deux genoux. 
Si cette fonction a été dévolue à un au- 
tre, écoute et réponds avec la même dé< 
votion. 

Cède de bonne grâce l'honneur de 
t'asseoirje premier; invité à prendre une 
place plus honorable, excuse-toi avec 
douceur; si l'on insiste sérieusement, à 
plusieurs reprises, et que celui qui te 
prie jouisse de quelque autorité, cède 
modestement ; résister davantage serait 
de l'obstination et non de la politesse. 

Une fois assis, pose tes deux maias 
sur la table, mais non pas jointes ou sur 
ton assiette. C'est un égal manque de 
savoir-vivre d'en placer une ou de les 
placer toutes les deux sur sa poitrine. 

Poser un coude ou tous les deux sur 
la table n'est excusable que pour un 
vieillard ou un malade ; les courtisans 



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62 LA dVILITÉ PUÉRILE 

sedecere putant quicquid agunt, dissl- 
mulandum est, non imitandum. Interea 
cavendutn, ne proxime accutnbenii, cu- 
bito, neu ex adverso accutnbenii, pedibus 
sis moles tus. 

In sella vacillare, et nunc kuic, nunc 
(ùieri nati vkissim instdere, specîem ha- 
bet subinde ventris Jlatum emittentis, 
aut etnitlere conantis. Corpus îgitur 
aquo libramine sit erecium. 

Mantile si datur, aut humera sinisiro, 

aut brachio Itevo imponito. 

Cutn konoratioribus accubiturus, ca~ 
pile pexo, pileum relinquiio ; nisi vei re- 
gionis moi diversum suadeat, vel alicujus 
authorilas prxcipiat, eut non parère sit 
indecorum. 



Apud quasdam nationes mos est, ut 
pueri slanles ad majorum mensam ca- 
piant cibum extremo loco, tecto capite. 
Ibi ne puer accédai nisi jussus : ne 



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o'foASUE 63 

délicats, qui craieiit que tout ce qu'ib 
font est admirable, se- le permettent. 
N'y fais pas attention et nç les imite pas. 
Prends garde aussi de gâner avec ton 
coude celui qui est assis près de toi ou 
avec tes pieds celui qui te fait tàce. 

Se dandiner sur sa chaise et s'asseoir 
tantôt sur une fesse, tantôt sur l'autre, 
c'est se donner l'attitude de quelqu'un 
qui lâche un vent, ou qui s'y eSbrce. 
Tiens-toi le corps droit, dans un équilibre 
stable. 

. Si l'on te donne une serviette, place-la 
sur ton épaule ou sur ton bras gauche. 

Au moment de l'asseoir à table avec 
des gens d'un rang élevé, tes cheveux 
préalablement bien peignés, ôte ton cha- 
peau ; à moins toutefois que ce ne soit pas 
l'usage du pays ou qu'un convive, ^oiit 
l'autorité fait loi, en ordonne autrement; 
il serait incivil de ne pas céder. 

La coutume de certains pays est que 
les enfants, s'ils s'asseoient à la table des 
hommes faits, prennent leur repas au 
bas bout de la table, la tête couverte. 



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64 LA CIVILITE PUÉRILK 

htereat usgue ad cortvivii jinem : sed 
sumpto quoi satîs est, sublata quetdra 
sua, fiexa poptite salulet convivas, prœ- 
cipue qui inter convivas honoraiîor. 



A dextris sit poculum, et cultellus es- 
carius rite purgatus, ad lœvam panis. 

Panem una vola pressum, summis di- 
gilis re/ringere, quorumdam aulicorum 
delicias esse sinita : tu cultello Seca de- 
cenler, non undique revellens crustum, 
aut ulrinque resecans, delicatorum enim 
hoc est. Panem veteres in omnibus con- 
viviis ceu rem sacram religtose tracta- 
hant : unde nunc quoque mos reJictus est, 
'eum forte delapsum in kumum, exoscu- 
lari. 



Convivium statim a poculis ampicari 
potorum est, qui bibunt non quod- 
sitiant, sed quod soleant. Nec ta res so- 
lum moribus est inkonesta, verum etiam 



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d'Érasme 65 

Un enfant ne doit s'y présenter que si 
on le lui commande ; il ne doit pas res- 
ter jusqu'à la fin; lorsqu'il a mangé suf- 
fisamment, qu'il enlève son assiette, et 
se retire, en saluant les convives, spécia- 
lement le plus honorable. 

Le verre à boire se place à droite, 
ainsi que le couteau à couper la viande, 
bien essuyé; le pain, à gauche. 

Froisser son pain avec la paume de la 
main, puis le rompre du bout des doigts 
est une délicatesse qu'il faut abandonner 
à certains courtisans ; coupe-le propre- 
ment avec ton couteau sans enlever la 
croûte tout autour ni l'entamer par les 
deux bouts, ce qui est encore un raffi- 
nement. Les anciens, dans leurs repas, 
en usaient religieusement avec le pain, 
comme étant chose sainte; c'est de là 
que nous est restée la coutume de le 
baiser, si par hasard il tombe par terre. 

Commencer un repas par boire est le 
Élit d'ivrognes qui boivent, non parce 
qu'ils ont soif, mais par habitude. C'est 
non-seulement inconvenant, mais mau- 



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66 LA CIVIUTÉ PU£lULB 

o^it corporis valetudini. Nec slalim 
post sumptam ex jure offam bibendttm, 
mullo minus post laclis esum^\Puero S(P- 
pias quam bis, atit ad summum ter in 
convivio hibere, nec décorum est, nec 
salubre : semel bibat aliquandiu pastus 
de secundo missu, prceserlim sîcco : dein 
subcotiyiviifinem,idquemodicesorbendo, 
nec ingurgitando, nec equorum sonitu. 
Tum vinum, tum cervisia nihilo minus 
quam vinum inebrians, ut puerorum va- 
letudinem lœdit, ita mores dedecorat. 
Aqua Jervidee convenit atati, aut si id 
nonpatitur sive regionis qualitas, sive 
alia quœpiam causa, tenui cervisia utitor, 
aut vino nec ardenti, et aqua diluto. 
Alioqui mero gaudentes, fixe sequuntur 
prcemia : dentés rubiginosi, gêna de~ 
fluentes, oculi lusciosi, mentis slupor, 
breviter sentum ante senectam. Antequam 
bihas, pnemande cibum : nec labra ad- 
moveas poculo, nisi prius mantili aut 
linteolo abstersa, pripsertîm si quis suum 
poculum tibi porrigit, aut ibi de com- 
mun! bibitur poculo. Inter bibendum 



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d'épashe 67 

Vais pour lasanté. Une faut pas non plus 
boire aussitôt après le potage, surtout 
un potage au lailA'our un enfant, boire V 
plus de deux ou trois fois au cours d'un 
repas n'est ni convenable ni sain. Qu'il 
boive une première fois après avoir com- 
mencé à manger du second plat, surtout 
si c'est du rôti; une deuxième vers la 
fin du repas, et toujours modérément-/ 
sans engloutir d'un trait ni avec le bruit 
que font les chevaux en s'abreuvant. Le 
vin et la bière, qui- est- tout aussi eni- 
vrante que le vin, nuisent également à 
la santé des en&nts et- dépravent leurs 
mœurs. Il convient mieux à la chaude 
jeuaesse.de boire de l'eau : si la nature 
du climat ou quelque autre raison s'y 
oppose, il lui faut user de bière faible ou 
devin léger, détrempé d'eau. Autrement, 
voici les récompenses de ceux qui ont la 
passion du vin : des dents noires, des 
joues pendantes; des yeux chassieux, 
l'engourdissement de l'intelligence, une 
vieillesse prématurée,^vant de boire, ^ 
achève de vider ta bouche et n'approche 



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68 LA CIVILITÉ .PUÉHILE 

intonis ocutis alio inlueri ilUberale est; 
guemadmodum et ciconiarum exempîo 
cervicem in tergum rejlectere, ne gutd 
hcereat in imo cyatho, parum est libérale. 
Salutantem poculo resalulet comiter, et 
admotis labris cyatho pauluîum libaits 
bibere simulet, hoc civili nugoni satis 
erit. Qui si rusticius urgeat, poUiceatur 
tutn se responsurum, quiim adoleverit. 



Quidam ubi vix bette consederim, 
mox manus in epulas conjiciunt. Id lupo- 
tvm est, aut eorurn qui de chytrapode 
carnes nondum immolatas dévorant, 
juxta proverbium. Primus cîbutn appo- 
situm ne attingilo, non tantum ob id 
quod arguit avtdum, sed quod interdum 



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d'JRASUE 69 

pas le verre de tes lÈvres avant de les 
avoir essuyées avec ta serviette ou avec 
ton mouchoir, surtout si l'un des convi- 
ves te présente son propre verre ou si , 
tout le monde boit dans la même coupe..'' 
Écarquiller ses yeux en buvant pour re- 
garder n'importe où est malséant, tout 
comme se renverser le cou en arrière 
jusque dans le dos, à la maniÈre des ci- 
gognes, pour ne pas laisser une goutte 
au fond du verre. Si quelqu'un boit k ta 
santé, salue-le gracieusement, et, appro- 
chant le verre de tes lèvres, contente- toi 
de tes mouiller, pour faire semblant de 
boire; cela satisfera sufHsaminent un 
homme de bonne compagnie. S'il insiste 
en mauvais plaisant, promets-lui de lui 
&ire raison quand tu seras homme. 

Il y a des gens qui, à peine assis, por- 
tent !a main aux plats. C'est ressembler 
aux loups ou à ces gloutons qui tirent 
la viande de la marmite et la dévorent , 
avant qu'on ait, comme dit le proverbe, 
fait les libations aux dieus. Ne touche 
pas le premier au plat qu'on apporte ; 



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70 LA aVIUT£ PUÉRILB 

cum periculo conjunctum est, dum qui 
fervidum inexpioratum redpit in os, 
aut expuere cogitur, aut si deglutial, 
adurere gulatn, utroque ridiculus xgue 
ac miser. Aliquantisper morandum, ut 
puer assuescai affectui lemperare. Qao 
consilio Sacrales ne senexquidem unquam 
déprima cratère hibere sustinuit. Si cum 
majoribus accumbit puer, postremus, 
nec id nisi invitatus manum admaveat 
patitKE. Digitos in jusculenta immergere, 
agrestitim est : sed cultello fuscinave 
tollat qitod vult : nec id ex tato eligat 
disco, quod soient liguritores : sed quad 
forte ante ipsumjacet, sumat.-quodyelex 
Hamero discere licet, apud quem creber 
est hic versiculus : 

[EcOiov. 
01 B'èrt' ôvdxx' ïtoi[Aa npowlfityoi xiïp«s 

Id quoque si fuerit insigmter elegans, 
alleri cedat, et quod proximum est ac- 
cipiat. Ut igiiur intemperantis est, in 
omnes patina plagas manum mittere, 



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cda montre de la gourmandise ei c'est 
aussi très-dangereux ; car si l'on intro- 
duit sans méfiance dans sa bouche des 
aliments trop chauds, on est forcé de les 
recracher ou bien de se brûler le gosier, 
et de toutes façons on est ridicule et pi- 
tojrable. Attends donc un peu; il est 
bon (ju'tin enfant s^abitue à dompter 
son appétit. C'est pourquoi Socrate, 
même dans sa vieillesse, ne buvait jamais 
du premier cratère. Si un enfant est à 
table avec de plus âgés que lui, il ne 
doit porter la main au plat que le der- 
nier, et après qu'on l'y a invité. II est 
grossier de plonger ses doigts dans les 
sauces', que l'enfant prenne du plat le 
morceau qu'il veut, soit avec son cou- 
teau, soit avec sa fourchette; encore ne 
doit-on pas choisir par tout le plat, 
comme font les gourmets, mais prendre 
le premier morceau qui se présente. Ap- 
prenons cela d'Homère, chez qui se ren- 
contre fréquemment ce vers : 

Ils jclaicnt l«s naia» mr Us viiades prflta qu'Us 



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71 LA CIVILITE PUÉRILE 

ita parum décorum patinant invertere, 
fuo veMiottt ad te ïautiora. ' 



Si quis alius cibum porrexent elegatt' 
liorem, prte/alus excusaliunculam reci- 
piat : sed resecta sibi porliuncula, reli- 
quum qfferat ei qui porrexerat, aut 
proxime assidenti contmunicet. Quod 
digitis excipi non potest, quadra exct- ■ 
piendum est. Si quis e placenta vel 
artocrea porrexit aliquid, cochïeari, aul^ 
quadra excipe, aut cochleare porrectum 
accipe, et inverso in quadram cibo, 
cochleare reddito. Si Hquidïus est quod 
datur, gustandum sumito, et cochleare 
reddito, sed ad mantile extersum. 

Digitos unctos vel ore prœlingere, vel 
ad tunicam extergere, pariler incivile 
est : id mappa ^otius aut mantili fa^ 



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D'ÉRAaiE 85 

peu libre à table, inier pocula, n'est bien- 
séaat b personne, encore moins à un en- 
fant. 

^ L'en&ni assis à table avec de plus Sg^s 
que lui ne doit parler que si la nécessité 
l'y force, ou si on l'y invite. 

Qu'il sourie discrètement à une plai- 
santerie, mais qu'il se garde bien de sou- 
rire à un mot obscène, sans pourtant 
froncer le sourcil si celui qui a dit ce mot 
est d'un rang élevé. Il doit composer sa 
physionomie, de telle sorte qu'il paraisse 

. n'avoir pas entendu ou certainement 
n'avoir pas compris. 
Le silence est l'ornement des femmes 

"te plus encore celui des enfonts. 11 y en 
aquir^ondent avant que celui qui les 
interroge n'ait fini sa phrase. Aussi ré- 
pondent-ils souvent tout de travers, ce , 
qui fait rire et donne lieu de citer le 
vieuï proverbe : je te demandait ta 
faux (i). Le roi trè^-sage nous le oon- 



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86 LA aviLiri rufeiLB 

respoHSum arget, blande ventant pra/a- 
tus puer, ortt ut guod dixerat dwal de- 
nuo. Intellecta percùntatione, paululum 
interpoaat morte : deinde tum paucis 
respondeat, tumjucunde. 



In convivio nihil effutiendum quod of- 
fuseet hilaritatem : abseitlium /amant' 
iH lœdere, piaculunt est. Nec cuiquam 
iilic suus refricemdus estdolor. 

Vituperare quod apposiium est, incivi' 
iitati datur, et ingratum est conviva- 
tori. Si de tuo prabetur convivium, ut 

pour origine ce mot ■angrenu d'un piyUD 1 qnl 
son Totain deraliidait une faux et qui rtipodil : 
Je n'ai pas d« plocfae. 



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firme en disant que c'est folie de répon- 
dre avant d'avoir entendu : or celui-lk 
n'a pas entendu qui n'a pas compris. Si 
l'on n'a pas bien compris la demande, 
il Êiui rester quelque temps silencieux, 
jusqu'à ce que celui qui parle ait ré- 
pété de lui-même ce qu'il a dit. Sinon, 
et s'il insiste pour avoir une réponse, 
que l'enfant s'excuse modestement et 
le. prie de répéter ses paroles, La de- 
mande une fois bien saisie, qu'il réflé- 
chisse un instant, puis réponde en aussi 
peu de mots et aussi agréablement que 
possible. 

Il ne faut rien dire k table qui puisse 
troubler la galté ; mal parler des absents 
est une chose abominable. Il faut se gar- 
der aussi de rappeler à personne un su- 
jet de Tristesse. 

Déprécier les mets qu'on apporte est 
une incivilité fort désagréable à celui qui 
a invité au repas. Si c'est à tes frais qu'il 
se donne, tu peux t'escuser de sa médio- 
crité; vanter sa masoificence et procla- 
mer ce qu'il coûte, c'est le plus mauvais 



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as LA CIVILITE FU^LE 

«xeMsare temiitalem 'apptiratui, urba- 
KKMt ; ita laudare, aut commetnorart 
qtianti constiteril, insuave profecto çon- 
dimentum est aecumbenlibm. 

Deaique si quid a quoquam in conyiyio 
fit rustieiusper imptriliam, civililtr 4it- 
simulandum potins quant irridendum. 
Decet compotaâoaein libertas. 

Turpe eu sub dium, ut oitFlaccus, ra- 
pere, si quid cui super ccmatn excidil in- 
cogitantius. Quod ibi fit diciturve, vit» 
inscribendum, ne audias : iut& ;tvi![M>va 



Si eonfiyium erit quam pro puerili 
oftale prolixius, et ad luxum tendere w- 
débitur : sitnul alque settseris naturte ■ 
faclum satis, aut clam, aut veniam pre- 
eatus, te subducito. 

Qui puerilem tetatem adigunt ad tna- 
diam, mea quidem sententia insaniwH : 
nequt muha.ntinus ii qui pueras inrno- 



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d'érasmb 8g 

assaisonnement que tu puisses offrir à ' 



tes convives. 



Eq&i, si quelqu'un, par ignorance, 
commet une maladresse, il est mieux 
de ne pas le remarquer que d'en rire. 
Qu'à table au moins on ait ses coudées 
franches. ■ i 

Il est honteux d'aller crier partout, 
comme dit Horace, ce que tel ou tel a 
laissé échapper dans un repas, sans trop 
de réflexion. Ce qu'il y a été fait ou dit 
doit passer avec te vin, de peur qu'on ne 
se fosse appliquer le dicton : je hais le 
convive gui a de la mémoire. 

Si le repas se prolonge plus qu'il ne 
convient à un en&nt et semble dégéné- 
rer en profusion, dis que tu auras satis- 
fait ton appétit, retire-toi sans être vu, 
ou après en avoir demandé la permis- 
sion. 

Ceux qui privent de nourriture les en- 
fonts sont, à mon avis, des insensés, et 
ceux qui les bourrent immodérément de 



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90 LA CIVlUTlE PUiRILE 

dico cibo diffardunt. Nam ut illud dé- 
bilitât teneri corpusculi viricaiaa, ita hoc 
animi vint obruit. Moderatio tamen sta- 
litn est discetida. Cilra plenam saluri- 
tatem reficiendum est puérile corpus, 
magisque crebro quant copiose. Quidam 
se saturos nesciutil, nisi dum ita disten- 
tus est ventriculus, ut in periculum ve- 
niant ne dirumpatur, aut ne per yomîtum 
rejiciat onus. 



Oderunt libères, qui illos eliamnum 
teneros ccenis in multam noctem pro' 
ductis perpétua sinunt assidere. Ergo si 
surgendum erit a prolixiore convivio, 
quadrant tuam cunt reliquiis tollito, ac 
salutato qui videtur inter coaviyas ktmo- 
ratissimus, mox et alUs simul, discedito, 
sed mox rediturus, ne videare lusus aut 
alterius parum honestx rei gratia tt 
subduxisse. Reversus, ministrato si quid^ 
opus erit, aut reverenter menta assista», 
si quis quidjubeal expectans. 



d'£rasme 91 

victuailles ne sont pas plus sages. Car si 
les longs festins délabrent les forces nais- 
santes du corps, ils engourdissent aussi 
la vigueur intellectuelle. La tempérance 
doit s'apprendre de bonne heure. Que 
l'enfant ne satisbsse pas son appëtit 
jusqu'à complète satiété; il lui vaut 
mieux de manger souvent que copieuse- 
ment. Quelques-uns ne se sentent pas 
rassasiés, tant que leur ventre distendu 
ne se gonfle de telle sorte qu'il ne soit en 
dai^er de crever, ou de rejeter par un 
vomissement ce qui le surcharge. 

Ceux-là détestent leurs en&nts qui 
leur permettent, à un âge si tendre, d'as- 
sister à des soupers prolongés jusque 
bien avant dans la nuit. S'il te fout donc 
quitter un repas qui dure trop long- 
temps, enlève ton assiette avec tes res- 
tes et, après avoir salué le plus considé- 
rable des convives, puis successivement 
tous les autres, élotgne-toi, mais pour 
revenir bientôt, de peur qu'on ne croie 
que tu as été jouer ou faire pis. Dès 
que tu seras revenu, mets-toi i servir k 



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LA aviuri puteiu 



Si quid appOHts aut submoves, vide ne 
eui yeslem jure per/iiitdas. 

Candelam emutictunis, prius illatn e 
mensa tollito : quodque emunctvm est, 
protinus aut arena immergito, aut solea 
proterito, ne quid ingraîi nidoris offendat 
narts. 

Si quid porrigis infundisve, lepra id 
facias caveto. 

Jussus agere grattas, compone gestus, 
paratum te significans, donec silentibus 
eonviyis dicendi tempus adfuerit. Inté- 
rim vultu ad convivio preesidentem rf 
verenler versus sii, et constanter. 



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table, si l'on a besoin de quoi que ce 
Boit, ou assieds-toi respectueusement en 
attendant qu'un convive demande quel- 
que chose. 

Si tu apportes ou remportes un plat, 
prends bien garde de répandre de la 
sauce sur les habits des convives. 

Si tu mouches la chandelle, commence 
par l'enlever de dessus la table et jette 
aussitôt la mouchure dans les cendres 
ou écrase-la par terre avec le pied, pour 
ne blesser le nei de personne par une 
odeur infecte. 

En posant un plat comme en versant 
à boire, ne te sers jamais de la main 
gauche. 

Si l'on te commande de dire les grficei, 
compose ton maintien, pour montrer 
que tu es tout prêt, et attends, avant de 
commencer, que les convives fassent si- 
lence. Pendant ce temps-là et constam- 
ment, aie le visage respectueusement 
tourné vers celui qui préside le repas. 



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LA CIVILITE PUERILE 



CAPUT V 
DE CONGRBSSiBtIS 

I quis occurrerit in via vel semo 

Ivmerandus, vel rtligione re- 
verendua, vel dignitale. gra- 
vis, vel atioqui dignus honore, moni- 
ifwit puer de via decedere, reverenter 
aperire caput, nonnihil etùan flexis 
poptitibus. Ne vero sic cogitet : Quid 
mihi cum ignoto ? quid cum nikil 
utiquapi hene de me- mérita ? Non hic 
honos tribuitur homini, non meritis, sed 
Deo. Sic Deus jussit per Satomotiem, 
qui jussit assurgere cano: sicperPauhan 
presbjrteris duplietttum honorem prœci- 
pit exhibere : in summa omnibus pree- 
stare honorem qvibus debetur honos, 
complectens etiam ethnicum magistra- 
tum, et si Turca (quod absit) nobis im~ 
peret, peccaturi simus, si honorem magis- 



CHAPITRE V 



IORSQu'uK enfant i 
son chemin quelque person- 
nige respectable par son %e, 
vénérable par ses fonctions de prêtre, 
considérable par son rang ou hono- 
rable à quelque titre, il doit s'écarter, 
se découvrir Ja tête et mime fléchir 
légèrement les genoui. Qu'il n'aille pas 
se dire : «Que m'importe un inconnu? 
Qu'ai-je à faire avec un hommç qui ne 
m'est rien î > Ce n'est pas à un homme, 
ce n'est pas à un mérite quelconque que 
l'on accorde ceue marque de respect, 
c'est à Dieu. Dieu l'a ordonné parla 
bouche de Salomon, qui dit : Lève-toi 
devant un vieillard ; il l'a ordonné par la 
bouche de Paul, qui commande de ren- 
dre doublement honneur aux prêtres et. 



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9$ LA avturi raiRiLB 

tratui debitum ilU negemus. De paren- 
tibus intérim tiihil dico, quibus secun- 
dum Deum pritnus debetur honos. Nec 
minor prtrceptoribus, qui meules honti- 
num quodammodo, dum formant, géné- 
rant. Jant et inter xquales illud Pauli 
locum habere débet : Honore invicem 
prsvenieates. Qui parem ont inferio^ 
rem honore prtevenil, non ideo fit ipae 
minor, sed ciwilior, et ob id Jionora- 



Cum majeribut re»erettter loquàidam 
ei paucis ; euM aqualibut amantet et 
eomiter. Intef hquenditm, p(teum laVa 
teneat, dextra leviter admota antbiUco 
aut quod decentius habetur, pileum utr*- 
que manu juncta suspetaum pollicibas 
eminentibus, tegat pubis loam. Libmm 



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D'ÉRASue 97 

en somme, de rendre à chacun l'hon- 
neur qui lui est dû. II comprend dans le 
nombre même les magistratures paTen- 
nés, et si le Grand Turc (ce qu'à Dieu ne 
plaise) devenait notre maître, ce serait 
pécher que de lui refuser le respect dû 
aux fonctions publiques. Je ne dis rien 
ici des parents, à qui, aprës Dieu, on 
doit la plus grande vénération ; je ne 
parle pas non phis des précepteurs, qui, 
en développant l'intelligence, enfantent 
en quelque sorte. Entre égaux, il faut se 
souvenir de ce mot de Paul : En/ait Je 
déférence, prévenej'tipus mutuellement. 
Celui qui prévient le salut de son égal 
ou de son inférieur, loin dé s'abaisser, 
se montre plus aâable et par cell» même 
plus digne d'être honoré. 

Avec ses atnés, il Aut parler respec- 
tueusement et en peu de mots ; avec ceux 
de son fige, affectueusement et de bonne 
grâce. En parlant, on tient son chapeau 
de la main gauche, la droite posée légè- 
rement vers le nombril; il est plus con- 
venable encore de tenir son chapeau 



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98 LA CIVILITÉ PUfolLE 

aut galerum sub tueilla tenere, rusiicius 
habetur. Pudor adsil, sed jiui decoret, 
no» qui reddal attonitum. | 



Oculi spectent eum cui loqueris, sed 
placidi, simpUcesque, nihil procax im- 
prabumve pra; se ferenles. Oculos i» 
Urram dejicere, quodfaciunt catoblepte, 
tnaltg conscientii^ suspicionem kabet - 
Transvertum lueri, videlur ayersantis. 



Vultum kuc illuc volvere, îevitatis ar- 
gumentum est. Indecorum est, intérim 
vultum in varias mutare habitas, utnunc 
corrugetur nasus , nunc contrahatur 
frons, nunc attollatur supercilium, nunc 
distorqueantur labra, «une diducatur os, 
nunc prenuitur : hac animum arguuni 
Protêt similem. 



Coofjlc 



d'ékasme 99 

suspendu des deux mains, les pouces eo' 

"' j dessus, de façon â cacher la place de 

I l'aine. Serrer un livre ou son bonnet 

1 sous l'aisselle passe pour être d'un en- 

: &nt mal Élevé. Une timidité modeste 

' sied bien : celle qui colore agréablement 

' le visage, non celle qui rend tout hébété, 

I Que les regards soient tournés vers la 

' ; personne k qui on parle, mais des re- 

' I gards calmes, francs, ne dénotant ni ef- 

^. froDterie ni méchanceté. Fiier ses yeux 

'. à terre, comme fait le catoblépas (i), 

'" ! laisse soupçonner une mauvaise con- 

1 science ; regarder quelqu'un de travers, 

c'est lui montrer de l'aversion. 

",'1 Virer la tête de côté et d'autre est une 

" t preuve de légèreté. Il est indécent de 

I aire prendre à sa physionomie toutes 

m (t) Le CatobUpas ett, d'«prt» Piloe iHItt. «jf„ 
^ ' VIII, chip. un). UD unreau d'Afrique doni !■ tàa 
coDilcnt une >[ grindc quantiU de poison, qu'il c*t 
'"' tUtigé ie ]> pencher cunitimiiieiic ren le sol ; 
beoreiuemeni poui ceax qu'il rencoatre, cir on 
■eul de sei regards tuerait an homme. Ellea en 
dit à peu près auuiit fHùt. atiinaUiim, lirre VU). 
Ce leiilble uimil n'* janiKis exista que duu la 
vive Imaginïtîon dei Aniâeas. 



"■oiCoOglc 



* aviuri poiiuLi 



Indeeonim al tUud, concuuo capite 
jactar* comam, sint causa tussire , 
screare, quemadmodum et manu scabere 
capul, scalpere aures, emungere mmhmr, 
damtrtesre faciem, quoi ^tt v a ltili pud »- 
rer^.ahstefgèntis, SM ^J e an ■ « eeipjli um, 
hii3»*r»g Oi ti h icen, q u v d in ' nvnault t i v i- 
Aauut-4*tiHs: Rotato capite negare, aut 
reducto accersere, etliteperuquaromma) 
gestibus ac nulibus loqui, ut virum inter- 
dum d«ceai, puertim minus dectt. 



lUiberale est, jactare brachia, gesiicu- 
lari digitis, vadUare pedibus, breviler 
non lingua sed toto corpore loqui, quod 
turturum esseferlur, aut motacillarutn, 



<it,G'op^lc 



sortes d'aspects, comme de se plisser le 
nez, de se rider le front, de relever les 
sourcils, de se tordre les lèvres, d'ouvrir 
brusquement, puis de fermer la bouche; 
toutes ces grimaces indiquent un esprit 
aussi inconstant que Protée. 
/f II est encore indécent de relever ses 
cheveux en secouant la tËte, de tousser, 
de cracher sans cause, de se gratter la 
tête, de se curer les oreilles, de se 
moucher le nez avec la main, de se la 
passer sur la âgure, comme si l'on vou- 
lait essuyer sa rougeur, de se frotter 
l'occiput, de hausser les épaules, ce qui 
est une habitude assez femilièrc aux 
Italiens. Dire non en faisant tourner sa 
tête ou appeler quelqu'un en la rame- 
nant en arrière, et (pour ne pas tout 
spécifier) parler par gestes et par signes, 
convient à peine à un homme isA et pas 
du tout à un entant. 

Il ne sifd pas è un en&nt bien élevé 
d'agiter les bras, de gesticulerdes doigts,' 
de brader des pieds, bref, de parler 
moins avec sa langue qu'avec tout son 



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tO> LA CIVILITE PUiRILB 

nec mullum abhorrens a picarum mo- 
ribus. 

Vox sit mollis ac sedata, non clamma, 
quod est agritolarum : nec tam pressa, 
ut ad cotres ejus eut loqueris non perve- 
niât. 

Sermo sit non praceps, et mentent 
prtecurrens, sed lentus et explanatus. 
Hoc etiam naturalem battarismttm aut 
htesitantiam si non in totttm tollit, certe 
magna ex parte mitigat, jinim jii'in fJTT 
îat i a -s trm o- m ultit Jn Hi u m etn eH Jt t, ^ md 



Inter colloquendum subinde Ittulum ho- 
norifieum ejits quem appellas, repetere, 
civilitatis est. Patris ac matris vocabaio 
tàhil honorificentita, nikil dulcius. Fra- 
tris sororisvt nomine nihil amabilittsJSi 
te fugiunt titvli pecuHares, omnes eru- 
diti tint iibi prteceptores observandi, 
omnes sacerdotes ac monacki, reverendi 
patres : omnes tpquales, /ralres et amtei : 



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d'éeusue io3 

corps; c'est ce que l'on dit des tourterel- 
les, des hochequeues, et les pies ausn 
ont cette habitude. // 
^Que la voix de l'enfant soit douce et 
posée; non pas forte, comme celle des 
paysans, ni si faible qu'elle ne parvienne 
pas aux oreilles. 

La parole ne doit pas être précipitée et 
lancée avant toute réflexion ; elle doit 
être calme et distincte. Cette &çon de par- 
1er corrige même ou atténue en grande 
partie, si elle ne les fait disparaître tout à 
&it, le bégaiement et l'hésitation ; une 
parole rapide, au contraire, procure 
souvent des défauts que la nature n'avait 
pas donnés. 

En parlant, il est poli de rappeler de 
temps à autre les titres honorifiques de 
la personne à laquelle on s'adresse. Au- 
cun titre n'est plus honorifique ni plus 
doux que les noms de père et de mère; 
plus aimable que les noms de frère et 
de sceuB^Si tu ignores les titres parti- 
culiers de ceux k qui tu parles, souviens- 
toi que tous les professeurs doivent Être 



.iCoo^lc 



104 I^ CIVILITÂ PUERILE 

breyiter omues ignoti, domhi : 
dominm. 



Ex ùrepueri titrpiter auditur jtujn- 
randum, stve joeus sit sive res séria. 
Q.uii «tint lurpiui eo more, quo apud 
tiationes quasdam ad tertium quodgua 
verbum dejerant efiam puelliB, far pa~ 
»«% per vÛHMf^- yer eiotâeiimijper'iûid 



Obseanii dictis nec linguam prcebtai 
ingenuus puer, nec aures accommodet, 
Deniqut quiequïd inhaneste nudatur ocU' 
lis komiitum, indecenter ingeritur auri- 
bus. Si res extgat ut altquod ntembrum 
pudendum nominetitr, eircuitione vere^ 
ci/nda rem notel. Rursus si quid inei- 
derit quod auditori nauaeam cierepossit, 
velut si quis narret vomitum, aut latri- 
nam, aut oletum, proffetur honarem au- 
ribus. 




traités de savants, les pr£tres et les moi- 
. nés de révérends pères, tes camaradcB 
de frères et d'amis; tous ceux ou toutes 
celles que tu ne connais pas de seigneurs 
et de dames. 

/^Dans la bouche d'un enfant, un jure- ^ 
ment paraît toujours déshonnéte, qu'on 
le prononce par manière de plaisanterie 
ou sérieusement. Qu'y a-t-il de plus 
vilain que cette coutume, en vigueur 
dans plusieurs pays, qui fait que même 
des jeunes filles ne peuvent dire trois 
mots sans jurer par le pain, par le vin, 
par la chandelle, par quoi encore? h^ ' 

Un enfani bien né ne doit jamais salir 
sa langue de paroles obscËnes ni leur 
prêter l'oreille. Les noms des choses qui 
souillent le regard souillent la bouche. S'il 
est absolument besoin de désigner quel- 
qu'une des parties honteuses, qu'il em- 
ploie une périphrase honnête. S'il est 
forcé de parler d'une chose qui pourrait 
provoquer le dégoût, par exemple de vo- 
missements, de latrines ou d'excréments ■ 
quelconques, il doit s'excuser auparavant. 






I06 LA ClVIU-rf PUERILE 

Si quid refellenium erit, ca*>e dicai : 
Haud vera prtedicas, profsertim si lo- 
quaiur grandtori natu : sed Tprtefatus 
pacem, dical : Mihi secus narratum est 
a tait. 

Puer ingenuus eum nemine conlentio- 
tiem suscipiai, ne cum aqualthus quidem ; 
sed cedat potius victortam si res adjur- 
gium ventât; aut arbitrum provocet. Se 
eut se preeferat, ne suajaetet, ne cujus- 
quam institution reprehendal, aut ullius 
naiionis ingenium moresve sugillei, ne 
quid arcani creditum evulget, ne novos 
spargal trutnores, ne cujus obtrectel fa- 
nue, ne eut probro det vitium nalura 
insitum, Id enim non solutn contume- 
n est et inhumanum, sed etiam stul- 
: veluti si quis luscum appellat 
luscutn, aut loripedem loripedem, aut 
■trabum strabum, aut nothum nothum. 
His rationibus fief, ut sine invidia lau- 
dem inveniat, et amicos paret. 



d'éeusur ityj 

S'il y a lieu de donner un démenti, 
prends ^rdc de dire : ce n'est pasvrai ; 
surtout si tu parles à quelqu'un de plus 
âgé que toi ; mais, après l'être excusé, 
dis : cela m'a été raconté autrement par 
un tel. 

Un enfant bien né ne doit se disputer 
avecpersonne, pas même avec ses cama- 
rades^ qu'il cède plutôt, si la chose pa- 
raît tourner en querelle, ou qu'il s'en raj^ 
porte au jugement d'un tiers. Qu'il 
prenne garde d'affîcher de la supériorité, 
de tirer vanité de lui-même, de repren- 
dre la manière d'être des autres, de se 
moquer des coutumes et des mœurs 
étrangères, de divulguer ce qui lui a été 
confié sous le secret, de répandre des 
nouvelles extraordinaires, de blesser la 
réputation de personne, de reprocher à 
qui que ce soit une infirmité. C'est non- 
seulement un outrage et une cruauté, 
mais une sottise que d'appeler borgne 
un borgne, boiteux un boiteux, louche 
un louche et bâtard un bâtard. En sui- 
vant ces conseils, un en^Eint mérite l'é- 



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LA CltlUti PUiBILE 



Inlerpellare loquenlem antequamfabu- 
lam absolverit, inurbanum est. 

Cum nemine simuUatem suscipiat, c(h 
mitatem exhibent omnibus, perpaucos 
tamen ad iitteriorem familiaritatem re- 
cipial eosqtte cum delectu. Ne cui tante» 
credat quoi tacitum vêtit. Ridiculum 
enim est ab alio silentiî fidem expectore, 
qnam ipse tibi non prfestes. Nullta est 
adeo lingutp Cùnltnentis, ut non habeai 
aliguem in quem transjundat arcanum. 
Tutissimum autem est nihil admittere 
cujus te pudeat, si pro/eralur. 



Alienarum rerum ne fut 
et si quid forte conspexeris audierisye, 
foc quod scia nescias. 

Litteras tibi non obiatas limiainluert, 
parum civile est. 
Si fors te présente scrinium fuunt a- 



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- DEEUSHB 109 

loge, sans &ire*de jaloux, et s'acquiert 
dK amitiés. 

^1 est impoli d'interrompre quelqu'un 
avant qu'il ait achevé son propos. 

Unenfantdoitn'avoir de querelle avec 
personne, se montrer de bon accueil à 
tous, ne recevoir cependant qu'un petit 
nombre de camarades dans sa familia- 
rité la plus intime, et ceux-là les choisir 
avec soin. Qu'il ne confie à personne ce 
qu'il veu-t tenir caché. // est ridicule, en 
effet, d'attendre des autres une discré- 
tion que tu t^as pas toi~même. Nul ne 
retient si bien sa langue qu'il n'ait un 
' anù à qui il dévoilera le secret. Il est 
donc plus sûr d'éviter toute confîdence 
dont tu aurais à rougir si elle était di- 
vulguée. //■ 

yT^e sois pas cuneux des secrets des 
autres ; sî tes yeux ou tes oreilles en sur- 
prennent quelqu'un, tâche d'ignorer ce 
que tu as appris. 

Il est peu civil de lire du coin de l'œil 
une lettre qui ne t'est pas adressée. 

Si par hasard on vient à ouvrir un pu- 



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IIO LA CtVlLITri PD^IULt 

périt ali^uis, aubducito te. Nam inurba- 
num est, inspicere : contrectare atiquid 
inurbanius. 

Item si senseris inter aliquos secretius 
oriri cûlloquium, submove te dissimulan- 
ter, et in ejusmodi colhquium ne temet 
ingéras non accitus. 



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o'âUSHE I I I 

pitre en ta présence, retire-toi. II est 
impoli de regarder attentivement, plus 
impoli encore de loucher quelque chose. 
De mâme, si tu t'aperçois qu'un en- 
tretten prend une tournure confiden- 
tielle, éloigne-toi discrètement et ne 
reviens te mSler à la conversation que 
ri l'on t'y invite^- 



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LA CIVILITÂ PUiKlLB 



CAPUT VI 
DE LtISU 

IN lusibus liberalibus adsit ala- 
critas, absit pervicacia rixa- 
rum parent, absit doïus ac 
mendacium. Nom ab his rudimentis 
proficiiur ad majores injurias. Pul- 
chrius vincit qui cedit contentioni, 
quam qui paltnam obtiaet. Arbitris ne 
reclamita. Si cum imperitioribus certa- 
men est, possisque semper vincere, nan- 
namquam te vinci palere, quo ludus sit 
alacrior. Si cum in/erioribus ludtlur, ibi 
te superiorem esse ttescias. Animi causa 
ludendum est, non lucri gratta. Aiunt 
puerorum indolent nusguam magis ap- 
parere, quam in lusu. Si cui ad dolos, 
ad mendacium, ad rixam, ad iram, ad 
yiolentiam, ad arrogantiam propensius 
ingenium, hic emicat naturte vilium. 



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CHAPITRE VI 

DU JEU 

i les jeus honnêtes, montre 

Ide la bonne humeur, non cette 
pétulance qui amène des que- 
relles; jamais de tricheries ni de men- 
songes. Car si l'on commence par 
ces petites infamies, on commettra 
plus tard de plus graves injustices. 
Celui qui cède de bon gré triomphe 
mieux que celui qui a le dernier mot 
dans une querelle. Ne proteste jamais 
contre la décision d'un tiers appelé 
'comme arbitre. Si tu joues avec- de 
moins habiles que toi et que tu puisses 
toujours être le plus fort, laisse-toi ga- 
gner quelquefois, pour rendre la par- 
tie plus amusante; en jouant avec des 
inférieurs, ignore toi-même que tu es 
d'un rang plus élevé. C'est pour le plaî- 



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114 LA civiLiri i>u£rile 

Proinde puer ingenuus «on minus i 
quam in convivio sut similis sit. 




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D'fRAiUE Il5 

sir qu'il foui iouer, non pour k gain. 
On dît que le caractère des enfants ne se 
découvre nulle part aussi bien qu'au 
jeu. Celui qui est enclin k tricher, â 
mentir, à se battre, qui est porté à la 
violence, à la colère, à l'orgueil, y ma- 
nifi»te clairement ces vices de sa na- 
ture. En résumé, un enfant doit avoir 
la m£me retenue au jeu qu'à table. 




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LA CIVILITE PUERILE 



CAPUT VII 

[ cubiculo laudatur sileHtitnn, 

Iel verecundia. Certe clamor 
et garrulitas indecora est muUo 
magii in lecto. Sive quum exuis le, 
sive cum surgis, memor verecundia, 
cave ne quid nudes aliorum oculis, 
quod mos et natura tectum esie vo- 
luit. Si cum sodali lectum habeas com- 
munem, quielus jaceto, neque corporis 
jactaiione vel te ipsum nudes, vel sodali 
detractis paUiis sismolestus. Priusquam 
reclines corpus in cervical, /rontem et 
pectus signa crucis imagine, brevi pre- 
caiiuncuùi temet Christo commertdans. 
Idem facito quum mane primum temet 
erigis, a precatiuncula diem auspicans. 
Non enim potes abomine/eliciore.Simul 
ac exoneraveris alvum, ne quid agas 



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CHAPITRE VU 

DU COUCHER 

u coucher on recommande le si- 
I lence et la décence. Le tapage et 
I le bavardage sont certainement 
«ncore plus répréhenaibles au lit que 
partout ailleurs. Que tu te déshabilles 
ou que tu te lèves, sois pudique; 
aie soin de ne pas montrer aux yeux 
des autres ce que l'usage et l'instinct 
commandent de cacher. Si tu par- 
tages un lit commun avec un camarade, 
ne te découvre pas, en t'agitant sans 
cesse, et n'incommode pas ton compa- 
gnon en tirant à toi les couvertures. 
Avant de poser la tête sur l'oreitler, fais 
le ligne de la croix sur ton front et sur 
ta poitrine, recommande-toi au Christ 
par une courte prière. Fais de même le 
matin, aussitôt ton lever; inaugure le 



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llS LA ciTiuri niàiiLE 

nisi prius Iota /acte manibusque, et c 

proluto. 



Quibus contigU bene nasci, his iurpe 
est generi suo non respondere moribus- 



Quos fortuna voluil esse plebeios, hu- 
miles, Mit etiam rurestres, his tmpen- 
$ius etiam adnitendum est, ut guod sors 
iiiyidit, morum elegatttia pensent. Ne- 
mo sibi parentes aut patriam eligere po- 
test, at ingenium moresque sibi fKÙque 
potest fingere. 

Coiophonis vice addam prœceptiun- 
culam, qua miki videtur propemodum 
primo digna loco. Maxima civilitalis 
pars est, quum nusquam delinquas, alio- 
rum delictis facile ignoscere : nec ideo 
sodalem minus habere charum, si quos 
habet mores inconditiores. SunI enim qui 
morum ruditatem aliis compensent doti- 



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d'êrashe 119 

jour par une prière. Tu ne peux le com- 
mencer sous de plus favorables auspices. 
Dàs que tu te seras soulagé le ventre, ne 
fais rien avant de t'être lavé à grande 
eau le visage, les mains et la bouche. 

Il est honteux pour ceux qui sont de 
haute naissance de ne pas avoir des 
mœurs correspondant à leur noble 
extraction. 

Ceux dont la fortune afoitdesplébéiens, 
des gens d'humble condition, des pay> 
sans même, doivent s'efforcer d'autant 
de compenser par de bonnes manières 
les avantages que leur a refusés le ha- 
sard. Personne ne choisit son pays ni 
son père : tout le monde peut acquérir 
des qualités et des mœurs. 

Pour en finir (1), j'ajouterai un der- 

([) Cotophonis vice. Dana les coatîUEents de 
l'ircnte Grecque, ColophoD fourniuaîl d'ordinaire 
UDC eiceilente. caralerie qu'on tcoait en ifterTe 
pour la faire charjier au momeat décisif. Les gé- 
Dérauz GreCB diiaient :/aiI» donner Cotophon, 
dus les circonstances où NapoJéoD aurait dit ; 
Allons! faitet donner la garde !OeMce proverbe, 
Agere Cotophonem, resté daus le langage courant, 



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130 LA aviLITÉ PUÉRILE 

but; Heque hœ ita prtecipiuniur, quasi 
sine kii nemo bonus esse possiu Quod si 
sodalis par ituciliam peccet, in eo smc 
quod alicujus videtur mometiti, solum ac 
Mande monere civUilatis est. 




D'ÉRASHE 121 

nier précepte qui me parait tout à &it 
digne de figurer au premier rang. La 
règle la plus importante de la civilité est, 
si irréprochable que l'on soit, d'excuser 
fecilement les infractions des autres, de 
ne pas moins chérir un camarade qui 
manquerait de soin et de tenue. Beau- 
coup de gens compensent la rudesse de 
leurs manières par d'autres qualités, et 
ces règles que nous venons de trans- 
crire ne sont pas de si étroite observance 
qu'on ne puisse sans elles être un hon- 
nâte homme. Si un de tes amis pèche 
contre elles par ignorance, dans le cas où 
cela en vaudrait la peine, il est poli de 
le prendre à l'écart et de l'avertir dou- 
cement. 




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LA ClVILiri PUÉRILE 



CONCLUSIO OPERIS 

10C quiapàd est muneris, fiti cha- 
riuime, universo puerorum 50- 
dalitio per te donatum esse 
volui : quo statim hoc congiario simul 
et commilitonum tuorum animas ttbi 
concilies, et illis liberalium aritum 
ac mùmm studia commendes. Prce- 
cîaram indolent tuam J E S U benî- 
gnitas servare diguetur, semperque in 
melius provehere. Datum apud Fribur- 
gum Brisgoite, Mense Martio, Anna 
M. D. XXX. 



■ Cookie 



CONCLUSION 

Ij ce petit ouvrage peut être de 
I quelque utilité, mon très-cher 
, je désire qu'il soit offert 
par loi à tous les enfants de ton 
âge. Par cette libéralité, tu te conci- 
lieras aussitôt l'amitié de tes jeunes 
compagnons d'études, en même temps 
que tu leur recommanderas l'application 
aux belles-lettres et aux bonnes mœurs. 
Que la bonté de Jésus daigne te conser- 
ver tes heureuses dispositions et, s'il se 
peut, les accroître encore. Écrit à Fri- 
bourg en Brisgau, au mois de Mars, 
l'an M.D.XXX. 



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TABLE DES MATIÈRES 



Nonn nr le» Liirn de QviHtJ depnU 

km liiclt * 

LA CIVILITÉ PUÉRILE d'Érasme. . . .' t 

Prt»inbule 3 

CBXFmtt I. — De la dïccDcc et de l'indt- 

cBDcc du mdaliea i ■ 

Ciupnut IL — Du vêlemml 4} 

^iFTTu m. — D« la minière de se com- 

porurdu* uat igtut 5i 

Châpitu IV. — Dca repu ia 

■■ ~ . . . gi 



C«AMT»V. 

CMAFcnE VI. — Dn jea. . . 
QuriTH VII. — Du coucher. 
Conclusion 






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PETITE COLLECTION ELZEVIBIEHHE 



SIKISTRABI lU R-P.l. Dt 

la DituonialiU a in toi- 

umbi incita nSmçcttti) 

itr. 

OBSmH (J.-M.). Socralc 

tt rAmour Grec (SocraM 



d* Grec sa Fnnfoi« p« 
Ct>e FovcAUi-t. . S Tt. 
ULRICH DE HIÎTTEN. 

UJTim.'u'Caafinma 
mr* iMIIUr il U DiaUt. 

TnfODORB DE B^e! 
£rttr* d€ ftHsroiU. 

Ifr. 5o 

PASSBVSNT PAIUSIBN: 
Dt la vit dt ceux ni soil 
alltx .dmwnm- â Gnitt 
liSSSi ....... Jfr. So 



SKMOlfSTKAÎKB AUX 
yRANCpiS (iS7«). I *r. 
A WmiE LE VATER. 
Somoama Èetptiqaa. 

POGGE. tM SaiM ift Bade 
■u iT< «Udc I fr. 

POCGE. 13% VltiilTd deu- 
il K marier f . . . Jfr. 

HENRI ESTÎEWNt La 
Foire de FfmiKjbrI. 4 fr. 

lOACHUI Dtl BELIAT. 
Uivrrt Jtax TUttiautt, 



GABRIEL MAlIt«. AtMi 
pour rfnntr «m BiUio- 
lU4*r„ * fr, 

LES.ntnjGVESDE MO- 
ÛESS tt aUttjk u 
Femitt^ Swmàa^. 

GRIMAREST. La wT* 
M. it Utltkrt.. . . S h. 

MOUERE^ >W ,tr mi 



^^mt-fH^Tîk. 



Hmtménm natigue. Ep- 

FarmM in-rS Jéaa .- 
ÂVrtlL. PoHIt. par Aliumm Pidamb. .,» 
OucamLLi, gnré i.l'e«ii>fMt« pirLousn.. . 
, Fonnat in-t' : 

1« R. P. SWisranai. P«ta, rtyj [prënrièr: 



idillonf . , 



Ch-L. LiTTT.. 

Paris, imp. Moî^sirsrïîîr* 



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PETITE COLLECTION ELZEV 



"Ji"ssj:,;iî.'£'>sr «s^ ÉRASME 



OBSya. (J.-M.). Soeralt 
rt rAmenr Grée (Soerateê 

ABISTBNET tàjktrti 

d* Gtm en Fnnçoi» par 
Ct»« F0UC11D1.T. , S fr. 
UUUCH DE HUTTEN. 

uâicH' M 'ùvrktt. 

Àr^hMiu t. ... 1 & 
UTTHEl. la Com»mei 
tnlrt Lutker tl iîvieUt. 

THfonOtl DE sâlE' 
Eftireét Pwttatata. 

PA^EVENT PAÙsiév": 
D* 1" vie it eenx nt umi 
aUej^.inM,reT à G«tHt 



POGGE.1 

POGCE. G 

HENRI I 

F»r-r A 

JOACKW 



°â^ CIVILITE 



JOACHiM' 

La Ktp 

VIVANT 

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GABRIEL 



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GRIMAU 



PUfaULI 



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• rutl^ue. Ep. et A» 
jim,, „-,-, Forwat in-t6 J4m 

DE LA DEMONIALITÏ et d« uiiMt 

fer. '.*."■.*:■ «'-""-™ 

Ï^S INTRIGUES DE MoLiEBE M ;^l 



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THE UNIVERSITY OF MKHIOAN 
GRADUATE LIBRARY 



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nimed by P:cz^r.cAim 1988 



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